Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)
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La théologie mystique (ou non)

Dernier ajout : 17 novembre 2009.

La théologie n’a pas pour objet une connaissance abstraite sur Dieu, mais la préparation de l’homme à l’union avec Lui. Ainsi, plutôt que de tenter de percer le mystère au moyen de l’entendement, elle doit tout au contraire provoquer une transformation intérieure de notre esprit, afin de nous ouvrir à l’expérience mystique.

En fait, toute théologie tend à la vie mystique, celle-ci n’étant rien d’autre que la vie spirituelle chrétienne. La vie mystique n’est pas placée dans l’extraordinaire mais dans la vie chrétienne "normale" et donc dans tout ce qu’elle a à la fois d’éminent et d’ordinaire. Elle ne peut détourner d’un sain rapport au Christ, puisque la spiritualité chrétienne est en effet christocentrée et emplie de l’exigence de mettre en oeuvre le primat de l’amour.

Théologie et mystique

La théologie scolastique au Moyen-Age a imposé l’idée d’une séparation de la théologie et la mystique. En réalité, la science du divin est inséparable d’une sanctification de l’intelligence et de l’être tout entier.

A l’inverse, la tradition orthodoxe n’a jamais voulu établir une distinction nette entre la mystique et la théologie, entre l’expérience personnelle des mystères divins et le dogme de l’Eglise.

Les théologies

Schématiquement le Pseudo-Denys distingue trois voies d’approche du divin, trois théologies liées entre elles : la théologie affirmative, la théologie négative et la théologie mystique.

La théologie affirmative

La première voie, affirmative ou positive, consiste à affirmer un certain nombre de connaissances que l’on a de Dieu à partir de sa création, en particulier “qu’il est”. C’est le cataphatisme, à savoir ce que l’on peut dire de Dieu à partir de ses manifestations. Cette théologie affirmative ou connaissance cataphatique de Dieu se subdivise à son tour en trois sous-ensembles, selon le type d’affirmations sur Dieu (scripturaires, philosophiques, symboliques) dont il est question. Pour les affirmations issues de l’Ecriture (Dieu est divisé en trois personnes, il s’est incarné... ), le Pseudo-Denys renvoie à son traité perdu des Esquisses théologiques. Il envisage également nombre de ces attributs bibliques dans les Noms divins. Quant aux affirmations de nature philosophique (Dieu est le Bien, l’Etre, la Vie, la Sagesse... ), Denys en a traité dans les Noms divins et dans sa neuvième Lettre. Enfin, pour ce qui est des affirmations symboliques, par images (le sein de Dieu, sa colère, ses paroles qui sont comme du vin et du miel... ), le Pseudo-Aréopagite les a étudiées dans sa Lettre 9 ainsi que dans un traité perdu intitulé la Théologie symbolique.

La théologie négative

La deuxième voie, dite négative, consiste à nier tout ce que l’on peut dire de Dieu, car il est toujours au-delà. C’est la connaissance apophatique de Dieu. Cet apophatisme rend compte de l’incapacité absolue de l’esprit humain de dire “ce qu’est Dieu”, autrement dit son essence ou, comme préfère l’écrire Denys, sa suressence. Toute affirmation sur Dieu, de nature sensible ou intelligible, doit être niée. Toutefois ces négations elles-mêmes devront être à leur tour niées car la suressence divine est au-delà des affirmations et des négations.

La théologie mystique

La troisième voie, mystique ou superlative, réalise en quelque sorte la synthèse des deux précédentes. Elle montre en effet que les théologies positive et négative, quoiqu’opposées, sont cependant nécessairement liées et dépassées par la théologie mystique. Après que les noms divins aient été affirmés (voie cataphatique) puis niés (voie apophatique), ils sont réaffirmés en une tout autre acception et un tout autre sens que ce qui peut être dit de n’importe quoi d’autre, un sens inconcevable à la raison humaine, car Dieu est un hyper-Bien, un hyper-Être, une hyper-Vie,... On le voit, la négation vise en fin de compte à renforcer l’affirmation. Cette voie superlative ou d’éminence consiste à dire que Dieu est tout ce qu’on a affirmé de lui, mais sur un mode éminent et ineffable. En somme, cette dernière voie insiste sur l’absolue transcendance de Dieu qui est “au-delà de tout” (expression que Denys reprend à Grégoire de Nazianze). Or, arrivé à ce stade de connaissance par l’inconnaissance de la Ténèbre divine, au-delà des perceptions sensibles et des opérations intellectuelles, se produit l’expérience mystique de l’extase, autrement dit la sortie de soi et l’union à Dieu dans le silence, ce que Denys appelle hénôsis.

Il y a donc, au-delà de l’inconnaissance, une possibilité de “connaître” Dieu par l’union (hénôsis), une connaissance par contact avec la lumière suressentielle. Dans cette illumination, l’homme retrouve, après le dispersion dans le multiple, la perfection de l’Unité. L’union à Dieu dans la sortie de soi, autrement dit l’extase, entraîne la déification ou divinisation de l’homme (théôsis).

La théologie mystique est le degré suprême de la connaissance de Dieu, « la plus haute connaissance de Dieu dans la ténèbre et le silence, au delà de tout langage, de tout concept, de toute idée, de toute image et de tout symbole » (préface du Pseudo-Denys).

Plus la connaissance est élevée moins il est possible de l’exprimer par des mots, c’est pourquoi Edith Stein parle « d’une montée dans l’obscurité et le silence ». Les religions orientales renoncent d’ailleurs à parler de Dieu, considérant que le seul langage adéquat est le silence et la méditation.

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