Centre de Mystique Chrétienne - Rennes (35)

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Cheminer avec Jésus

vendredi 21 avril 2006, par cmchr


La voie mystique n’est pas d’abord la recherche de la perfection. Elle est une voie d’amour, de volonté, d’humilité et de gratuité.

La volonté, c’est de ne pas vouloir dévier de cette recherche de Dieu. De ce fait, il faut aussi savoir se méfier de soi-même. D’où, l’importance d’avoir des guides comme un maître ou des ouvrages.

Un directeur spirituel (c’est-à-dire quelqu’un qui nous accompagne) est recommandé. Mais le vrai maître, c’est Dieu, c’est le Christ.

Il faut aussi bien connaître la tradition dans laquelle on se coule pour éviter les erreurs et les déviations qu’elle a pu signaler.

On aura intérêt à s’attacher fermement à l’enseignement de son Eglise tel qu’il est présenté dans la Tradition et aux secours sur le chemin que sont les sacrements.

La volonté, c’est aussi de tenir bon le cap de l’amour ; même quand les vents ou les courants semblent contraires. La volonté parfaite, c’est de vouloir ce que Dieu veut sur nous et sur le monde.

Ayons ici à l’esprit la demande du Notre Père : "Que Ta Volonté soit faite".

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AVEC JESUS

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CHEMINER DANS LA VIE MYSTIQUE

L’humilité dans la voie mystique est certainement la vertu essentielle. Avec elle, on ne s’étonne de rien quant à nos manquements. Avec l’humilité, on ne se jauge pas, on ne s’évalue pas. On constate simplement l’action de Dieu en nous et on s’en émerveille. Nous faisons certes des efforts, mais nous n’attendons rien de ces efforts puisque nous recevons tout de Dieu.

La gratuité, c’est tout faire pour Dieu comme si c’était gratuit. C’est-à-dire pour rien. Nous n’attendons rien en retour, nous aimons un point c’est tout.

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A L’ECOUTE DE DIEU

Dieu réside au coeur du monde et aussi au coeur de l’homme. Comme il est présent partout, on peut ainsi être à l’écoute de Dieu de deux façons : vers l’extérieur et dans son intérieur.

Dans la rencontre du Dieu extérieur, il faut rendre gloire et Le remercier d’être ce qu’il est et de nous chercher : ceci nous rapproche de Lui.

Dans la rencontre du Dieu intérieur, il faut s’effacer : laisser Dieu vivre et se déployer en nous puisqu’il réside en nous.

Votre réponse face à Dieu paraît évidente puisque vous vous êtes mis en chemin. Pourtant l’homme a déjà refusé Dieu en péchant, c’est-à-dire en s’éloignant de la Vérité : il n’a plus ainsi une relation aussi évidente avec Dieu. Revenir vers Dieu, suppose maintenant pour l’être humain de prendre un risque, le risque de la foi en Dieu ; car il ne sait plus vraiment qui est Dieu.

Dans la foi, il peut accepter un Dieu qui a partagé sa condition d’homme, est mort comme lui mourra et un Dieu qui s’est intéressé au monde dans lequel il vit. Pour un Dieu frère, un Dieu compagnon... Pour un Dieu autre, qui fait voler en éclat l’idée même que nous pourrions en avoir... du fait qu’il se révéle, qu’il vienne vers l’homme.

C’est là qu’est au cœur de nos vies, l’événement Jésus.

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L’INCARNATION

Lorsque Dieu a créé le monde, son projet était de le diviniser ; c’est-à-dire de l’associer à Lui. Ainsi, de tout temps, le projet de Dieu sur l’homme, c’est l’homme divinisé.

Lorsque l’homme s’est détourné de Dieu, brouillant sa relation avec Lui, il a mis ce plan en échec. En envoyant Jésus, Dieu refait un pont entre l’homme et Lui et rend à nouveau possible la divinisation de la création et de l’homme. Le projet de Dieu sur l’homme est à nouveau ouvert avec Jésus-Christ.

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LA TRINITÉ

Dans la foi chrétienne, le rapport de Dieu et de l’homme n’est ni fusion, ni un simple face à face. En effet, dans le christianisme, le Dieu unique a ouvert son intimité. Avec Jésus-Christ, Il a révélé trois Personnes en Dieu qui s’aiment infiniment : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dieu est donc en lui-même relation. C’est pour cela que dans notre vie la notion de relation doit devenir centrale : d’abord avec Dieu et nous-mêmes mais aussi avec les autres et le monde.

Le Dieu chrétien est ainsi une structure d’accueil pour l’homme. Ce que Dieu offre à l’homme, c’est par l’intermédiaire de son Fils Jésus-Christ, vrai Dieu, vrai Homme, l’entrée dans la vie divine qui est une communion d’Amour. Et comme le dit Saint Paul, quelque part nous sommes aussi déjà fils de Dieu... et donc d’ « autres » christs.

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JESUS, LE SEUL MEDIATEUR

Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai Homme. Jésus-Christ est donc pour l’homme un pont entre l’homme et Dieu. C’est ce pont qui nous permet de passer maintenant en Dieu.

Jésus est ainsi le Médiateur entre Dieu et les hommes. Sans Lui, le rapport à Dieu resterait marqué par un face à face irréductible où quelque part nous ne pourrions « entrer » en Dieu et nous Lui resterions donc fondamentalement étrangers. Notre désir le plus profond ne saurait alors être comblé : l’union intime avec Dieu.

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NOTRE VIE COMME ETANT CELLE DU CHRIST

Laisser Dieu vivre en lui, c’est, pour le chrétien, laisser le Christ l’habiter. C’est lui laisser notre humanité, c’est devenir en quelque sorte un « autre christ ».

Nous sommes déjà habités par Dieu, comme le dit Saint Paul : chacun de nous est le Temple de l’Esprit de Dieu. Nous pouvons choisir de le laisser se déployer en nous pour faire de nous un Christ.

Cela détermine alors fondamentalement notre relation avec les autres. Ainsi, voit-on désormais aussi dans l’autre, un frère, un autre christ et, donc, Dieu lui-même. De sorte que la vie mystique qui est tournée vers Dieu est aussi indissociable du service envers les autres et du respect de la création.

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LA VIE DE JESUS

Dans la vie de Jésus, telle qu’elle apparaît dans les Evangiles, Dieu est révélé comme Père. Ainsi, toute la vie de Jésus est-elle une vie de Fils, une vie filiale. C’est à cette vie que nous sommes appelés dès maintenant. Jésus nous invite à retourner vers Dieu et à entrer dans la vie de Dieu, la vie Trinitaire : il en est le Chemin et la Porte.

La vie de Jésus est tissée par la prière qu’il adresse à son Père. Ainsi, il peut affronter la réalité du monde en conformant sa volonté à celle du Père.

Jésus ne s’impose pas. Il annonce par ses actes et sa parole le Royaume de Dieu, c’est-à-dire la venue de Dieu. Souvent, il questionne ses interlocuteurs et il amène chacun à découvrir qui Il est en vérité.

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LA VIE DES SAINTS

La vie des hommes (sauf celle de Marie, la mère de Jésus) est marquée par le péché qui perturbe la relation avec Dieu. De ce fait, les saints dans leur vie terrestre n’ont pas non plus une vision claire de Dieu : ce qui fait que leur relation avec Lui est aussi marquée par des difficultés, même si ces dernières ont parfois tendance à s’estomper avec le temps.

Centrant leur vie sur Dieu et Jésus-Christ, ils dévoilent une facette du mystère de l’Homme-Dieu, toujours articulée autour de la prière et de la relation filiale.

Mais chaque vie est singulière. Il ne s’agit donc pas de vouloir copier la vie du Christ ou des saints qui nous ont précédés, il s’agit plutôt de vivre dans la liberté des fils de Dieu. Nous pouvons nous aider des Evangiles qui relatent la vie de Jésus.

Nous avons chacun notre spécificité liée à nos dons ou à la vie qui nous modèle. Dieu sait nous rencontrer dans nos particularités. Peut-être même nous attend-il justement là ?

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LA PRIERE

Comme l’indique Thérèse d’Avila, la prière témoigne d’abord que nous avons choisi d’inscrire Dieu dans notre vie et d’entretenir une relation avec Lui :

« Elle n’est rien d’autre à mon avis qu’un commerce d’amitié où on s’entretient souvent et intimement avec Celui dont nous savons qu’il nous aime » (Autobiographie, chap.VIII.5).

Or nous le savons toute amitié se nourrit de rencontres. La prière est donc un « me voici » (Hb 10, 7) face à un Dieu qui est toujours fidèle.

La prière conduit ainsi à une attention d’amour. Regarder Dieu, attendre Dieu, écouter la musique de Dieu, c’est entrer dans le don de soi à Dieu. Mais Dieu ne peut se donner totalement qu’à celui qui se donne à Lui sans réserve.

Nous pouvons ici nous aider de la richesse de l’expérience des saints qui nous ont précédés. Mais le don de nous-même importe plus que l’expérience faite dans la prière, car cette expérience de la présence de Dieu peut être vécue selon les cas sensiblement ou bien dans la nuit (on ne sent rien).

Prier, c’est déjà une grâce et les prières ne sont pas isolées : elles se placent dans une vie de prière. Chaque prière est neuve et il ne sert à rien de vouloir retenir les grâces passées. La grâce comme la manne ne se conserve pas (Ex 16, 19-20), elle se vit dans le présent.

Si nous n’oublions pas que nous ne savons pas prier (Lc 11, 1), nous pouvons laisser la prière se former en nous, laisser prier l’Esprit en nous : alors, nous laisserons monter les désirs du Christ en nous (Ph 2, 5). C’est pourquoi dans la prière, le silence, l’accueil et l’écoute sont essentiels.

Dans la prière, nous préférons Dieu. Nous Le regardons plutôt que nous-même. Nous ne devons donc craindre ni la perte d’initiative, ni l’entrée dans le lâcher prise.

La prière conduit alors à un éveil de la conscience, à une descente en soi et à l’établissement de la vision intérieure. En fait, Dieu nous instruit dans le secret : "Je l’emmènerai au désert et je parlerai à son coeur" (Os 2, 16).

Mais alors, il ne faut pas s’attacher à la prière, en faire notre bien, notre fierté personnelle.

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Utilité de la prière

La prière n’a pas de but utilitaire en tant que telle. Son motif premier doit être l’amour, ce qui sous-tend sa totale gratuité. La prière est moins un moyen de notre sanctification qu’une joyeuse réponse à l’appel de Dieu.

De fait, la réalité de la prière est parfois obscure, mais elle s’exprime toujours dans ce qu’elle apporte. Car la prière transforme celui qui prie mais dans le sens de Dieu, car c’est Lui qui veut nous former. Il importe donc de nous tenir en face de Dieu ave toute la plasticité possible.

La prière nous fait progresser vers notre vérité personnelle. Elle assoit notre vie de tous les jours et nous permet de coopérer au plan de Dieu sur nous et sur le monde. Elle nous permet de nous exercer à la présence de Dieu dans la totalité de notre vie.

La prière ne se juge qu’à ses fruits. Elle doit enclencher pour nous un changement concret dans notre vie. Elle doit nous conforter dans une attitude de vigilance constante et nous permet de découvrir ce qu’est l’Amour. A cette occasion, nous pouvons comprendre que l’amour véritable est dans la volonté avant d’être dans la sensibilité.

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LA RELATION FILIALE

La base de la relation filiale, c’est de reconnaître Dieu comme Source. La relation filiale nous fait donc dépendre radicalement d’un autre qui est Dieu.

Etre véritablement fils, c’est voir Dieu. Vouloir être fils, c’est tendre à la communion avec Dieu et, en Dieu, avec les autres. La caractéristique essentielle d’un fils de Dieu, c’est d’unir sa volonté à celle de Dieu ou de conformer sa volonté à la sienne.

Cela passe par l’acceptation de la réalité du monde sachant que Dieu a pouvoir, s’il le veut, de la changer. Dieu peut même se servir de nous à cet effet. La vie de Jésus en est l’exemple parfait : particulièrement, dans sa Passion et dans la Croix.

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CHACUN DE NOUS EST UN « AUTRE » CHRIST

Des chrétiens ont fait l’expérience d’être configuré au Christ :

  • Saint Paul dit : « ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi ».
  • Élisabeth de la Trinité (une carmélite) dit aussi à propos de l’Esprit de Dieu :

« Survenez en moi afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe ; que je Lui sois une humanité de surcroît, en laquelle il renouvelle tout son mystère. »

La Bible dit même de nous "Vous êtes des dieux" (Psaumes 82:6 ; Evangile de saint Jean 10:34)

Prenons cette réalité au sérieux et faisons de notre vie et laissons faire Dieu de notre vie, une « réplique » à notre façon de la vie du Christ. Nous le savons, la vie peut être difficile - pensons à la Croix du Christ -. Mais sachons assumer notre corps et notre humanité comme le Christ l’a assumée.

Notre défi est donc bien résumé dans cette parole de l’Écriture :

« Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui mon joug est aisé et mon fardeau léger. » (Mt 11, 28-30).

Certes, il y aura des difficultés, mais le Christ nous dit qu’avec la foi en Lui et Son aide, nous pourrons les traverser avec une relative facilité et sans nous sentir trop écrasé. Cela suppose certainement de déjà changer notre regard sur ce que nous sommes et sur ce qui nous arrive. Cela suppose de faire toute confiance à ce guide intérieur qu’est aussi le Christ.

Alors, dès maintenant, par don de Dieu, chacun de nous est déjà un « autre » Christ, mais peut-être ne le savions-nous pas ?

Cette réalité peut sembler d’un premier abord plus accessible à l’homme, mais elle est aussi ouverte à la femme. Paul dit en effet : « Car vous tous qui avez été baptisés pour Christ, vous avez revêtu Christ : il n’y a ni Juif, ni Grec ; il n’y a ni esclave, ni homme libre ; il n’y a ni mâle, ni femelle ; car vous tous, vous êtes un dans le Christ Jésus » (Ga 3-27,28).

Dans ce cadre, si nous sommes nous-mêmes des Christs, c’est vrai a fortiori de nos frères : « Tu vois ton frère, tu vois ton Dieu ».

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