
Les lectures du Cantique des cantiques
Une partie de la tradition juive voit dans le Cantique la célébration de l’Alliance entre Dieu et Son peuple, Israël. D’autres y voient un écrit pascal.
La tradition chrétienne y voit le mystère de l’union du Christ et de l’Église, Son Épouse. Elle y voit aussi la mise en scène de la relation de l’âme du croyant et de Dieu dans une dimension mystique.
L’heure n’est plus à la lecture allégorique qui souvent reste en surface du texte et est même parfois spécieuse.
L’allégorie utilise des figures en remplaçant, de façon parfois un peu lâche, une figure par une autre figure ou une expression d’idée, une abstraction par une histoire ou une image.
L’heure est plutôt à la lecture symbolique : le symbole étant vu comme une métaphore qui unit deux niveaux de réalité (le sens littéral et un sens profond et éventuellement mystique).
La métaphore est, en effet, une analogie entre deux réalités, mais qui conduit à un rapport non conventionnel de celles-ci.
Dans le Cantique, il est question de l’amour d’un homme et d’une femme qui renvoie symboliquement (et non allégoriquement) à l’histoire de la Bien-Aimée et du Bien-Aimé : Dieu étant le Bien-Aimé et la Bien-Aimée, suivant le cas où l’on se place, Israël, l’Église ou l’âme du croyant.
Mouvement du Cantique
Le début du Cantique déclare sans équivoque que la Bien-Aimée est devenue l’Épouse, qu’elle a accédé au mariage spirituel.
Alors, comment lire la suite du Cantique ?
- une anamnèse du chemin parcouru jusqu’au mariage spirituel ?
- la description de ce qui se vit dans et après le mariage spirituel ?
Beaucoup d’auteurs dont St Jean de La Croix, dans son Cantique Spirituel en particulier, ont choisi la première piste : une montée graduelle qui culmine dans le mariage spirituel.
Quant à nous, nous ferons nôtre la seconde piste. Là, le Cantique apparaît irremplaçable : en effet, il y a très peu d’écrits qui traitent de ce sujet, c’est-à-dire qui parlent aussi clairement du mariage spirituel et comment la vie continue après dans ce monde pour l’Épouse.
Non, il ne faut pas se décourager si nous n’en sommes pas là. L’Épouse vit simplement le Royaume de Dieu : elle nous invite à se mettre à sa suite - et donc à la suite de Jésus - et à vivre aussi le Royaume et du Royaume, car c’est la vocation de tout chrétien. Là, l’Épouse est mère et éducatrice, car elle nous donne les clés du Royaume et comment le vivre en plénitude !
Texte retenu
On a retenu le texte de la Bible de Jérusalem - adapté çà et là - et le découpage du texte qu’elle propose : un titre, un prologue, cinq poèmes, un épilogue et des appendices.
Un sens du Cantique des Cantiques
Le Cantique des Cantiques comprend donc sept parties si on ne compte pas les appendices : le prologue, les cinq poèmes et l’épilogue.
On peut voir dans ce découpage et cette composition une analogie avec les sept jours de la Création dans la Genèse. Ici, cependant, il ne s’agit pas de Création, mais de Re-Création : celle de la Bien-Aimée, de l’Épouse du Cantique des Cantiques par et au contact du Bien-Aimé lui-même. L’ancienne Création s’en est allée et l’on est en présence de la Création nouvelle qu’est devenue la Bien-Aimée.
Il est question de l’union entre la Bien-Aimée et le Bien-Aimé
Le Cantique des Cantique apparaît être un hologramme. Chacune des ses parties est à elle seule un résumé de tout le Cantique des Cantiques ; chacun des « jours » du Cantique est une modalité de l’union tandis que l’union est une et toujours nouvelle :
- Prologue : mariage spirituel ;
- Premier poème : initiation majeure au vin céleste et son prolongement dans le Sacrement ;
- Deuxième poème : naissance en Dieu ;
- Troisième poème : le lien entre l’Époux et l’Épouse est proclamé aux yeux de tous et est ensuite fêté dans un banquet à vocation universelle ;
- Quatrième poème : légère hésitation de la Bien-Aimée à ouvrir au Bien-Aimé qui l’amènera à savoir où paît son Bien-Aimé : dans son jardin ;
- Cinquième poème : la Bien-Aimée a vécu quelque chose d’important pour elle qui est resté obscur pour nous : c’est le Secret du Roi. Elle célèbre le temps de la Récolte ;
- Épilogue : la Bien-Aimée demande au Bien-Aimé de la poser comme un sceau sur Lui : ce geste symbolise l’union absolue.
Enfin, dans les appendices, la Bien-Aimée pose l’affirmation d’elle-même par trois fois face à ses frères, à Salomon et aussi au Bien-Aimé (inspiré de Jacques Gazeaux) : l’amour n’est pas fusion et ne conduit pas à la fusion.
Naturellement, on peut aussi faire cette lecture plus classique du Cantique des Cantiques si on le considère comme un chemin qui mène au mariage spirituel :
- Prologue : entrée dans le Château de l’âme (le Château du Roi) ;
- Premier poème : rencontre eucharistique de Jésus et son prolongement dans le Sacrement ;
- Deuxième poème : nouvelle naissance ;
- Troisième poème : le lien d’amour entre Dieu et l’âme est proclamé aux yeux de tous et Dieu invite à Son Festin de fête ;
- Quatrième poème : heureuse hésitation de l’âme qui tarde à ouvrir à Dieu et qui sait ensuite que Dieu réside en elle-même ;
- Cinquième poème : l’âme accède au mariage spirituel : c’est le temps de la récolte ;
- Épilogue : l’âme demande à Dieu de la poser comme un sceau sur Lui : ce geste symbolise l’union absolue.
Méthode
Le commentaire du Cantique présenté ici est effectué verset par verset (ou par groupe de versets) et se déploie suivant deux axes :
- un premier commentaire près du texte ou assez proche du texte du Cantique ;
- un second commentaire de nature mystique ou spirituelle dans un cadre chrétien. Ce commentaire est situé après le premier commentaire et est en italique.