Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)

L’art de voir toltèque (I)

samedi 14 novembre 2009

L’art de voir est au centre de la voie Yaqui de la connaissance : Voir est une façon directe de connaître. C’est donc le couronnement final d’un homme de connaissance.

Le point d’assemblage

Le point d’assemblage est l’endroit sur chacun où les émanations du monde s’assemblent en une perception humaine. Selon le chaman don Juan, le point d’assemblage de tous les êtres humains s’est figé, au cours de l’évolution, sur une des perceptions possibles du monde environnant, la même pour tous, laissant pour inconnus tous les autres mondes possibles.

L’enseignement toltèque vise à redonner de la souplesse à ce point d’assemblage afin de pouvoir assembler d’autres perceptions du monde et d’accéder ainsi à un champ de compréhensions plus vaste. Et comme la perception humaine se fait grâce au point d’assemblage, déplacer ce point d’assemblage permet de percevoir d’autres mondes.

Don Juan explique que l’on perçoit habituellement le monde comme on pense qu’il est, au travers du filtre de la pensée, car le point d’assemblage est figé dans sa position ordinaire. Un déplacement du point d’assemblage occasionne le Voir : un autre assemblage des émanations du monde engendre une nouvelle perception. Voir est source d’une compréhension plus vaste et immédiate du monde environnant, de l’essence des choses.

Voir

Voir découle d’un état de conscience accrue qui remet en cause radicalement notre état de conscience ordinaire et sa manière de « voir ». Ce qui fait dire à Don Juan : « Dans le cas de voir, il n’est absolument pas question de penser, donc je ne peux te dire comment est le fait de voir ».

Ainsi, au début, l’acte de voir est confus et on s’y perd aisément. Parmi les techniques développées par les nouveaux voyants, le « non-faire » est propre à susciter l’arrêt provisoire du monde perçu par la conscience ordinaire afin de voir.

Les bases de l’enseignement toltèque

En s’intéressant essentiellement à l’acte de « voir », les nouveaux voyants élaborèrent trois ensembles de techniques qui devinrent leur pierre angulaire : l’art de traquer, la maîtrise de l’intention, l’art de rêver.

L’art de traquer

Dans l’histoire de cette tradition spirituelle amérindienne, l’art de la traque consistait au commencement, en la capacité d’être furtif, afin de passer inaperçu parmi les personnes qui ne vous comprennent pas (c’est-à-dire, les gens de stades inférieurs dans la psychogenèse) — et de réaliser votre But.

Mais plus tard, particulièrement, en raison de la contribution personnelle de don Juan, cette tendance a été significativement augmentée et a inclus également le traçage de ses propres vices.

Voici une brillante citation, donnée par don Juan : « Dieu (dans ses termes, la Puissance) donne selon notre impeccabilité. C’est-à-dire, Dieu nous donne une occasion de l’approcher, de nous immerger dans le bonheur croissant de la Fusion avec Lui — à mesure que nous nous perfectionnons éthiquement ».

La maîtrise de l’intention

L’intention est identique à l’aspiration au But Suprême. Un vrai guerrier dans la signification dont don Juan a de ce mot est une personne avec l’intention correctement développée.

Le style de vie des guerriers les apportait à la totalité d’eux-mêmes : c’est-à-dire à l’état d’être non séparé concernant les choses majeures et mineures - l’intégrité -, de se consacrer seulement au But Suprême.

L’art de rêver

Rêver ne signifie pas avoir des rêves. Rêver permet de percevoir d’autres mondes et de les décrire.

Telle est la quintessence de l’enseignement que don Juan, chaman Yaqui du Mexique, prodigua à Carlos Castaneda. L’art de rêver nous entraîne au coeur du chamanisme. Nous y découvrons que, par les rêves, nous pouvons atteindre un état de conscience modifié qui rend possible l’accès à d’autres espaces qui existent aux côtés du nôtre, aussi réels et complets que celui qui nous est familier. Cet art permet à l’individu de répondre aux questions fondamentales, selon Castaneda.


Un autre aspect important du travail avec les disciples est la maîtrise de la pause mentale ou, en d’autres termes, l’arrêt du dialogue intérieur (le premier terme est plus approprié, car avec les dialogues intérieurs il y a aussi les monologues intérieurs).


Pour accéder à la connaissance, on doit s’efforcer - sans se plaindre et sans fléchir - jusqu’à réussir à Voir et ainsi apprendre à être dans son acte juste en se dépouillant de tout ce qui est superflu.

« C’est apprendre à être authentique dans chaque instant de sa vie », dit Chögyam Trungpa, qui souligne que « l’humilité est la première vertu du chaman ».

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