Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)

La Question de Dieu

mercredi 23 mars 2005, par cmchr

Cours de mystique chrétienne - 2005

Cours : La Question de Dieu

Formuler pour notre siècle les éléments de l’aventure avec Dieu, c’est entrer dans un chemin qui sait proposer un langage adapté aux hommes d’aujourd’hui. Il s’agit ici de souligner la constante nouveauté de l’aventure avec Dieu à la fois dans l’histoire des hommes et dans l’histoire personnelle de chacun.

Déjà, l’enseignement de Jésus était qualifié de neuf par ses contemporains. Jésus dit aussi que nous pouvons faire comme Lui et même plus que Lui. Cette perspective permet d’être à la fois humble et audacieux.

LA QUESTION DE DIEU

La question de Dieu est délicate ; c’est à chacun d’y apporter une réponse et personne ne peut le faire à sa place.

"Je vis", "le monde existe", "pourquoi quelque chose et non pas rien ?"... : ce sont des faits, des questions qui peuvent poser la question de Dieu.

L’être humain face à la question de Dieu est seul. Personne d’autre que lui ne pourra décider d’engager sa liberté pour y répondre.

Cette question de Dieu, si l’être humain l’approfondit, dévoile en fait que la réflexion sur Dieu diffère de toutes les autres : il faut croire en Lui sans vraiment Le connaître (ce que l’on retrouve aussi, quelque part, dans l’amour humain) : c’est l’acte de foi.

Si "Dieu est", Il est un Mystère et Lui seul peut révéler Son mystère à l’être humain : car l’homme s’aperçoit qu’il ne peut Le percer par ses propres forces.

Si "Dieu est", Dieu doit se manifester à l’homme. L’homme qui s’engage dans la quête de Dieu doit donc être attentif de tout son être :

  • à sa vie ;
  • au réel ;
  • à l’histoire

qu’il se dispose à la rencontre de Dieu ou qu’il chemine avec Lui s’il L’a déjà rencontré.

remarque

La difficulté de la question "prouver ou non l’existence de Dieu" n’est pas tellement dans la question, que dans la définition même de Dieu.

"Mais pourquoi quelque chose et non pas rien" ?

Il faut se désencombrer pour toucher le coeur ; ne peut subsister, par exemple, que ceci :

  • il y a un fondement ultime Dieu et "Dieu est". Cette parole est simple et contient une vérité inépuisable car Dieu n’est pas lié au monde quant à son être ;
  • l’homme prend conscience de sa liberté (aussi par rapport au monde), il acquiert la certitude de Dieu : Dieu est présent à son existence et le fait exister.

Si "Dieu est", Dieu n’est pas un simple objet de connaissance, d’étude ou de savoir comme un autre : il faut aussi croire en Lui.

Si "Dieu est", Dieu doit se manifester à mon existence : Il veut que, dans ma liberté, je devienne moi-même et je dois prendre position par rapport à Lui :

  • tu ne Le représenteras pas (pour ne pas te faire une idole) ;
  • tu n’auras pas d’autre Dieu (tu te rendrais faussement esclave sinon) ;
  • par delà les droits donnés par Dieu, j’accepte des devoirs.

Alors Dieu est le fondement absolu et la source de tout ; la solitude de l’homme est fondamentalement brisée.

L’homme peut décider de se soumettre à Dieu avec reconnaissance et amour : c’est alors que l’homme devient totalement libre.

La libération fondamentale à laquelle Dieu invite chaque être humain est celle du souci de se libérer lui-même et de s’épuiser dans une quête où il essaierait de se présenter comme le réalisateur de sa propre identité.

AU CŒUR DU CHEMIN

Mais certains diront : « Dieu existe-t-il ? Qu’est-ce-que Dieu ? ». Sur ce chemin, pas de meilleur adage que « Venez et voyez ». Là, rien ne remplace l’expérience.

Si Dieu existe, il doit être identifiable dans l’histoire des hommes. Et de fait, il est repéré comme Dieu ou l’Absolu dans différentes religions, traditions ou spiritualités.

Une des constantes qui repère souvent Dieu, c’est qu’il est Amour. Amour, c’est-à-dire qu’il cherche constamment à entrer en relation, en particulier, avec chacun.

Dans cette optique, on peut concevoir que la recherche de Dieu soit relativement aisée, car nous sommes précédés par Dieu qui nous cherche le premier pour nous éveiller à la vraie vie.

« Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ».

La prise de conscience

Le temps de la vie humaine nous est donné pour faire la rencontre de Dieu et en vivre. Le moment important, c’est la prise de conscience de Dieu ou de l’Absolu : elle peut se faire plus ou moins tôt.

Mais on peut être relativement optimiste quant à l’issue, car Dieu lui-même est déjà à notre recherche : il frappe constamment à la porte de notre cœur. Ici, il est essentiel de développer l’accueil et l’écoute et, donc, de se désencombrer.

Chacun peut prendre ici un temps pour considérer le trésor de sa vie, des traditions humaines et de la tradition à laquelle il se rattache éventuellement.

Chacun peut s’arrêter de temps à autre dans sa vie pour renouveler cette prise de conscience.

LA REVELATION DE DIEU

Dieu est le Mystère ; l’homme ne peut L’atteindre, ni Le percer par ses propres forces. Pourtant, l’homme a un désir profond, inscrit en lui, qui l’attire vers Dieu. Dieu doit donc venir vers l’homme, se révéler à lui : d’où la nécessité de la Révélation.

Cette Révélation peut prendre deux formes (cf. le théologien allemand Karl RAHNER) :

  • la Révélation dans l’histoire des hommes : faits « objectifs » qui permettent de fonder raisonnablement la foi ;
  • la Révélation intérieure, c’est-à-dire dans l’histoire de chaque homme : faits « subjectifs » qui suscitent et nourrissent la foi.

LA REVELATION DANS L’HISTOIRE

La Révélation dans l’histoire (ou catégoriale) s’inscrit dans l’histoire des hommes ; elle est rapportée par des hommes :

  • Moïse / Judaïsme ;
  • Apôtres / Christianisme ;
  • Mohammed / Islam ;
  • Bouddha / Bouddhisme (même si cette religion ne professe pas de Dieu personnel) ;
  • récits mythiques / Hindouïsme...

C’est ici que se trouve un des aspects crucial de la foi : peut-on faire confiance à ce qui est rapporté par des hommes ?

Dans le cas du christianisme, nous pouvons faire infiniment confiance à un homme qui a vécu, Jésus-Christ, car Il est Dieu. C’est la spécificité du christianisme par rapport aux autres religions.

Nous chrétiens, nous disons que la Révélation est plus qu’un simple discours de Dieu ou sur Dieu et qu’elle atteint sa plénitude quand avec le Christ « La Parole s’est faite chair » et que Dieu s’est fait l’un de nous.

LA REVELATION INTERIEURE

La Révélation intérieure (ou transcendantale) est inscrite au coeur de chaque être par l’Esprit de Dieu qui est en lui. Chaque être humain est ainsi constamment en contact étroit avec Dieu dans sa vie ce qui donne de la valeur aux différentes traditions religieuses et à toute vie humaine.

La Révélation dans l’histoire des hommes et la Révélation intérieure, du fait des êtres humains qui en témoignent et la rapportent, sont étroitement liées.

LA REVELATION DANS LA BIBLE

Dieu et l’homme

Dès les origines, l’humanité est familière avec Dieu ; la relation est directe : Adam, Noé, Abraham, Jacob...

La première révélation historique dans la Bible a lieu avec Abraham, vers -1700 de notre ère. Abraham se rend ensuite chez un prêtre, le roi Melkisédeq, qui sert déjà le vrai Dieu - ce qui indique que le culte du vrai Dieu est perpétuel et qu’il remonte déjà aux traditions immémoriales.

Dieu choisit avec Abraham et Moïse, un peuple, le peuple Juif, avec lequel il conclut une Alliance. Dieu y suscitera des prophètes qui porteront sa Parole. Jésus-Christ qui naîtra dans ce peuple qui adore Dieu en vérité, conclura dans Sa chair, Lui qui est vrai Dieu, vrai Homme, une Alliance nouvelle et définitive avec l’humanité.

Dieu dans la création

Dieu laisse voir ses perfections dans Sa Création. La Création est ainsi, pour l’homme, un marchepied vers Dieu... à condition de ne pas la substituer à Dieu et d’en faire une idole en la préférant dans certains de ses aspects visibles au Dieu Créateur (qui, Lui, est plus caché).

Dieu en Jésus-Christ

Jésus-Christ révèle pleinement Dieu comme Père. Jésus-Christ est le Fils. Jésus-Christ est Dieu, Image du Dieu invisible ; en Lui, nous contemplons Dieu, nous Le voyons.

Jésus-Christ est le Chemin, la Voie vers Dieu ; ressuscité d’entre les morts, Il peut donner toute sa mesure à l’Esprit-Saint, don de Dieu, qui nous habite. Par l’Esprit-Saint, avec l’Esprit-Saint qui habite en nous, nous devenons des fils de Dieu à l’image du Fils unique, Jésus-Christ ; en Jésus-Christ, nous allons vers le Père et nous entrons dans la Vie de Dieu qui est un échange d’amour, car « Dieu est Amour ».

LES REVELATIONS PRIVEES

Une véritable révélation privée est une Révélation dans le cadre d’une religion donnée. Normalement, elle ne remet pas en cause cette religion... sauf à déboucher sur une nouvelle religion.

Dans le christianisme, la Révélation de Dieu (Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ) est indépassable. Les révélations privées (par exemple, les apparitions) sont essentiellement un appel à la conversion, renforcent la foi ou éclairent certains aspects du Mystère de Dieu, mais elles ne remettent pas en cause la Révélation en Jésus-Christ qui, pour nous, est définitive : comme le dit St Jean de la Croix : « Car, en nous donnant comme il nous l’a donné, son Fils qui est son unique Parole - car il n’en a point d’autre - il nous a dit et révélé toutes choses en une fois par cette seule Parole et il n’a plus à parler » (Jean de la Croix, Montée du Carmel, II, 22).

ALLER A LA RENCONTRE DE DIEU

Pour aller à la rencontre de Dieu, il est important de se défaire de nos idoles si nous en avons et aussi de nos attachements.

Travail sur les idoles

Les idoles, ce ne sont plus des statues de divinités antiques, ni des animaux sacrés, ni des figures de chimères pour esprits enténébrés.

En effet, l’idolâtrie ne se réduit pas aux fausses représentations de Dieu. L’idolâtrie, c’est tout ce qui détourne de Dieu et lui fait concurrence. Ainsi, les convoitises déréglées rendent à des créatures, à l’argent, au pouvoir, au savoir, aux apparences… un culte qui n’est dû qu’à Dieu et s’en font comme des idoles, des absolus.

L’homme soumis à une de ces idoles s’éloigne de Dieu, il ne voit plus Dieu comme la priorité dans sa vie, mais l’idole, celle d’un temps de jouissance du moment.

Sachons briser les idoles qui encombrent notre cœur et sont une immense entrave dans notre élan vers Dieu.

Faire de Dieu une idole

Nous sommes aussi invités à briser les idoles dans lesquelles nous risquons d’enfermer Dieu. Il est indispensable de faire table rase des conceptions mercantiles de Dieu. Dieu n’est jamais à notre mesure : le dieu qui me donnerait bonne conscience ; le dieu auquel je veux bien consacrer un peu de mon temps, de mes activités afin d’obtenir sa bienveillance ; le dieu censé répondre à mes désirs, à mes besoins, qui évite le malheur, la solitude ; le dieu que ma bonne conduite achète...

Rester ouvert au mystère de Dieu

Il faut en fait « laisser la place » de Dieu vide, ne pas y mettre une autre idole, rester ouvert au mystère et à la transcendance d’un Dieu qu’on ne peut ni délimiter, ni enfermer : Il est le Tout-Autre.

Travail sur l’attachement

Sans être aussi grave que l’idolâtrie, l’attachement (aux choses, aux êtres, à nos idées, …) est aussi un handicap pour aller en plénitude vers Dieu. Jean de la Croix écrit à cet égard : « Un seul fil à la patte suffit à empêcher l’oiseau de voler ».

Combattre l’attachement ne signifie pas rejeter ce qui est indispensable : se nourrir, avoir un toit et dormir. Il faut simplement s’éloigner du superficiel. Si vous êtes attachés, cela est au détriment de la vie avec Dieu.

Ouvrir son cœur à autre chose que ce qui nous occupe tout le temps, c’est faire un effort pour vaincre l’attachement à nos habitudes pour que Dieu nous visite, c’est lui faire une petite place. Il ne s’agit pas de fuir le monde, mais de comprendre l’illusion de posséder…

Une décision

L’essentiel, à ce niveau, c’est d’accueillir Dieu et de lui faire la place, même si nous ne le connaissons pas complètement. C’est une façon de lui dire oui. Et pourquoi attendre ? Comme le dit saint Jean de la Croix, un mystique du Carmel :

« Et toi, qu’attends-tu, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu dans ton cœur. »

Cette décision marque un tournant. Jusque-là, on cherchait Dieu. Ici, on fait confiance. Reste à entrer plus profondément dans le mystère : alors tout peut arriver.

ETRE UN VEILLEUR

Etre un veilleur, c’est se tenir prêt : car, si Dieu vient frapper à notre porte, serons-nous prêts à l’accueillir ?

Etre un veilleur, c’est être à l’affut des signes de Dieu dans la Création, attendre le moment où Dieu se dévoile et prendre alors la main qui est tendue.

CHOISIR UNE TRADITION

Il n’est ici pas question de faire table rase des traditions humaines et particulièrement de la tradition chrétienne.

Le choix d’une tradition peut se faire au cours de l’histoire personnelle. C’est un moment important dans la mesure où on peut bénéficier de tout un ensemble de témoignages de personnes qui sont des chercheurs d’Absolu et qui balisent le chemin. Cela permet de ne pas se limiter à sa propre expérience mais de la démultiplier d’autant que l’on a plus tout à réinventer et que la vie humaine est courte.

Ainsi :

  • dans le christianisme, Dieu se révèle en se faisant homme ;
  • dans le judaïsme, Dieu se révèle par l’intermédiaire de l’histoire d’un peuple particulier ;
  • dans l’islam, Dieu se révèle dans un livre ;
  • dans le bouddhisme et l’hindouïsme, l’Absolu se révèle au travers d’hommes qui sont des « voyants » du réel ;
  • ...

Y reconnaître l’Absolu

Le choix d’une tradition est important, car j’y reconnais l’Absolu qui s’y dévoile. Normalement, c’est dans ma propre tradition que l’Absolu se dévoile avec le plus de Vérité (autrement, j’en changerais). Cela influence évidemment ma prise de conscience et toute ma relation au réel.

Alors, ainsi établi dans une tradition (et même la « tradition » de ceux qui sont sans tradition), il est possible de se laisser interpeller par d’autres traditions et d’enrichir ainsi sa compréhension de sa propre tradition. C’est ici qu’il est toujours intéressant de « critiquer » sa propre tradition et de voir le rapport de cette tradition à l’Absolu qui s’y dévoile. C’est une marche en tension qui doit être rapportée à sa propre expérience.

Faire confiance

Le rattachement à une tradition est essentiellement un acte de confiance, je fais confiance à l’Absolu qui se dévoile dans cette tradition. Je fais donc confiance à d’autres hommes à l’origine de cette tradition quant à ce qui m’importe le plus dans ma vie : l’intimité avec l’Absolu. Cet acte de confiance n’est pas anodin, car il doit engager toute ma vie.

Faire confiance me décentre de moi-même, je reçois d’autres ce qui est au cœur de ma vie. Ce décentrement est fondamental dans la vie spirituelle, car il est important de soumettre sa vie spirituelle à d’autres pour éviter de s’y enfermer.

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