L’amour sponsal
L’amour sponsal est la forme la plus élevée de l’amour, c’est l’amour du don de soi. L’amour sponsal est la dernière forme de l’amour, la plus élevée, qui seule correspond vraiment aux désirs profonds du coeur de l’homme.
Ici, il s’agit de vouloir le bien de l’autre à travers le don de soi. Cet amour comble le coeur d’une manière toute particulière et réalise ce pour quoi nous sommes faits.
Nous avons tous, normalement, une disposition à la sponsalité (bien qu’il est vrai que l’on a pu plus ou moins l’abîmer par certaines expériences qui défigurent l’amour).
Et la vocation n’est rien d’autre qu’une manière particulière (dans le mariage, le célibat, la vie religieuse ou le sacerdoce) de réaliser cette disposition à la sponsalité. La vocation réalise en nous nos désirs les plus profonds, elle se présente comme la manière la plus adéquate de devenir ce que nous sommes.
L’amour sponsal est le don de sa propre personne à une autre (personne ou Dieu). Aucune autre forme d’amour ne peut conduire une personne aussi loin dans sa quête pour le bien de l’autre que l’amour sponsal. La personne ne peut pas être la propriété de quelqu’un d’autre, mais ce qui est impossible et illégitime dans l’ordre naturel et dans un sens physique peut survenir dans l’ordre de l’amour et dans un sens moral (cf. Mt 10, 39).
L’amour sponsal doit étroitement être allié à la bienveillance et à l’amitié, sinon il peut lui-même se trouver dans un vide dangereux dans lequel les personnes impliquées peuvent se sentir délaissées.
Le caractère décisif de l’amour sponsal est le don de notre propre personne. Aucune forme d’amour ne peut conduire la personne aussi loin dans sa quête pour le bien de l’autre que l’amour sponsal.
Dans ce rapport, l’être humain semble rencontrer la promesse qui lui fait dépasser sa propre limite et lui permet d’atteindre une plénitude incomparable, parce que « à la racine de toute la réalité vivante, il y a la sponsalité. Et c’est la sponsalité qui rend toute chose promesse, comme le dit le mot lui-même : sponsale, cela veut dire une réalité prometteuse, qui promet ».
L’amour humain sponsal existe sous deux formes existentielles concrètes. L’une est la sponsalité conjugale vécue dans le mariage. L’autre, la sponsalité de l’être vierge ou célibataire, vécue dans la communion avec le Christ. Dans l’une et l’autre forme, l’essentiel réside dans le don de soi et l’accueil de l’autre. Cet amour nous rend semblable à Dieu car il purifie l’image, lui permettant de refléter l’Amour.
La personne humaine a, en effet, la liberté de se donner. La liberté et la maîtrise de soi sont intrinsèques au don de soi. Le don de soi peut s’exprimer de diverses manières. Le don sponsal de son corps, pour devenir une seule chair féconde, est le plus courant. Le don sponsal de soi à Dieu dans le Christ, pour être un seul esprit fécond, est une option alternative, fruit d’une grâce divine. Nous qui avons reçu cette grâce, nous savons, nous en avons la certitude, que l’Amour est fidèle et ne déçoit jamais.
Un aspect à noter : (aspect sponsal) l’amour vrai implique la joie de faire le bon plaisir de l’autre, de préférer la volonté de l’autre à la sienne (quand cela est légitime bien sûr...).
Le corps
Notre corps est fait pour être don, c’est la signification sponsale du corps. Hommes et femmes, nous nous distinguons par deux façons d’« être corps ». Les deux formes sont sponsales : capables d’exprimer l’amour comme don de soi, capables d’accueillir le don qui est donné. Notre existence corporelle atteint son apogée et son épiphanie dans les gestes d’amour : caresse, baiser, embrassement, union, extase. « Je-corps » suis capable de communion.
La personne humaine a, d’une certaine façon, besoin du langage du corps et de la sexualité pour pouvoir se manifester. La personne-corps-sexe est fondamentalement capacité de relation et artisan de communion. La sexualité, en son sens le plus profond, est l’évidence tangible de la sponsalité de la personne-corps.
Le corps humain, marqué du sceau de la masculinité ou de la féminité, « contient, depuis “l’origine” l’attribut “sponsal”, c’est-à-dire la capacité d’exprimer l’amour : cet amour, justement, par lequel l’homme-personne devient don et — par l’intermédiaire de ce don — réalise le sens même de son essence et de son existence ».
Jean-Paul II
Jean-Paul II parle de la vocation sponsale de l’homme qui ne peut se réaliser que de deux manières, dans le mariage ou dans le célibat. Au final, seul Dieu, dans la résurrection des corps, peut réellement combler les soifs de l’homme qu’il a créé afin de se donner à lui.
Selon Jean-Paul II lui-même, il y a un lien étroit entre « “anthropologie adéquate” et “théologie du corps” ». Jean-Paul II va même jusqu’à dire que « la conscience de la signification sponsale du corps constitue l’élément fondamental de l’existence humaine ».
Pour Jean-Paul II, la similitude avec Dieu et la vocation au don sponsal, qui constituent l’essence même de l’homme, se déploient dans toute la personne, y compris dans le corps qui en est le signe concret et visible. Étonnamment proche de la définition du concile Vatican II sur l’homme (qui réalise sa vocation au don sponsal soit dans le mariage ou dans le célibat), Aristote pense que le bonheur humain ne peut se réaliser que dans l’amitié et la vie contemplative.
Le mariage
Le mariage résulte de l’amour sponsal. L’amour sponsal dans le mariage contient un paradoxe très réel. Le principe de la substance individuelle n’admet pas qu’une personne soit transférée ou cédée à une autre.
Pourtant la forme la plus intransigeante de l’amour consiste dans le don de soi. Il est possible de sortir de notre propre « moi »́ d’une manière à ce que nous continuions à être nous-même et loin de l’altérer l’enrichit dans un sens moral. De la sorte, les personnes mariées peuvent approcher l’unité originelle.
Dans la sponsalité conjugale vécue dans le mariage, l’essentiel réside ici dans le don de soi et l’accueil de l’autre. Cet amour nous rend semblable à Dieu car il purifie l’image, lui permettant de refléter l’Amour.
Un aspect à noter : dans son aspect sponsal, l’amour implique la joie de faire le bon plaisir de l’autre, de préférer la volonté de l’autre à la sienne (quand cela est légitime bien sûr...).
L’Esprit Saint prolonge dans le mariage ce qu’il fait dans le rapport du Christ et de l’Église.
Dans le mariage, l’Esprit n’est-il pas le lien sponsal qui médiatise le don mutuel des époux et qui les habilite à s’aimer « avec l’amour même du Christ » ?
Saint Joseph
On pourrait dire, comme Grignion de Montfort l’a fait pour la Vierge marie, promouvoir la « vraie » dévotion de Saint Joseph, personnage aussi grand que discret, incarnation de ce que doit être la paternité au sens le plus divin et la sponsalité masculine.
Dans notre société moderne, qui trop souvent bafoue le mariage et cherche à évacuer l’autorité paternelle, Saint Joseph mérite de voir son coeur de grand Juste associés aux Coeurs unis de Jésus et de Marie pour le bien de l’humanité.
Amour sponsal avec Dieu
Le terme (sponsal) est utilisé dans la Bible, comme d’autres traduisant la séduction ou la passion, pour décrire l’amour de Dieu pour les hommes. Dieu veut, en effet, établir une dynamique « sponsale » avec la créature faite à son image, en l’appelant à s’engager dans un pacte d’amour. Ici, l’humanité accède à l’intelligence de soi et à la perception d’un Dieu amour, puisqu’il y a appel à une vocation sponsale.
La vocation de l’Eglise et de tout homme est d’aller à la rencontre de son Dieu, en réponse au don qu’Il nous a fait de Lui-même, de sa vie, de son amour. En effet, tout le dessein de Dieu sur l’humanité est invitation à l’Alliance avec Lui, à partager sa vie bienheureuse.
Une parole, un mot de l’écriture résume cet extraordinaire appel de Dieu à l’homme : « Me voici » (Is 52,6 ; 58, 9 ; 65, 1), et la réponse de l’homme à son Dieu devrait être aussi : « Me voici » (1S 3, 4-8 ; Ac 9, 10).
Cette réponse de l’humanité à son créateur relève d’une vocation sponsale, Cette sponsalité est une qualité de l’être profond et universel, c’est une qualité immanente, fondamentale et dynamique, toute orientée vers son Créateur qui l’a faite pour Lui. Ainsi, qu’il soit prononcé par un homme ou qu’il soit prononcé par une femme, le « Me voici » biblique s’enracine d’abord dans la sponsalité fondamentale de l’être créé.
Dans sa relation à Dieu, comprise comme relation d’amour, l’attitude de l’homme doit être un abandon à Dieu. Ceci est parfaitement compréhensible, particulièrement parce que l’homme religieux sait que Dieu Se donne à l’homme, d’une manière divine et surnaturelle (un mystère de la foi révélé à l’humanité par le Christ). Nous voyons alors la possibilité d’un amour sponsal et partagé entre Dieu et l’homme ; l’âme humaine, qui est sponsale de Dieu, se donne seule à lui. Ce cadeau total et exclusif de soi à Dieu est le résultat d’un processus spirituel qui se produit chez une personne sous l’influence de la Grâce. Ceci est l’essence de la virginité spirituelle – amour conjugal enraciné en Dieu Lui-même (Karol Wojtyla).
Un aspect à noter : dans son aspect sponsal, l’amour (vrai) implique la joie de faire le bon plaisir de l’autre, de préférer la volonté de l’autre à la sienne (quand cela est légitime bien sûr...). C’est une des motivations, la motivation d’amour pour rechercher le vouloir divin. Mais ce n’est pas à sens unique : Dieu nous invite à faire sa volonté pour pouvoir faire la nôtre, une fois qu’elle sera suffisamment purifiée et éclairée (cf Thérèse de l’E.J. qui disait au Seigneur : « sur terre j’ai toujours fait ta volonté, alors au ciel c’est toi qui fera la mienne ».)
La virginité consacrée
La virginité consacrée (pour les femmes) est une conséquence du désir d’imiter Jésus qui, né vierge, est demeuré vierge ; la virginité de Jésus étant la préfiguration en acte de son sacrifice total. C’est un motif d’amour absolu qui ne se « justifie » pas. Son but est vraiment sponsal : l’union intime avec le Verbe de Dieu.
Le célibat pour le Royaume
Ainsi, la continence « pour le royaume des cieux », le choix de la virginité ou du célibat pour toute la vie, est devenue dans l’expérience des disciples et de ceux qui suivaient le Christ un acte de réponse particulière à l’amour de l’Époux Divin et a, de ce fait, acquis la signification d’un acte d’amour sponsal, c’est-à-dire d’un don de soi sponsal dans le but de répondre de manière spéciale à l’amour sponsal du Rédempteur ; un don de soi, entendu comme renoncement, mais surtout fait par amour ».
Le prêtre
Le pape Jean-Paul II développe le caractère sponsal de la vocation du prêtre : « C’est pourquoi, écrit le pape, le prêtre est appelé, dans sa vie spirituelle, à revivre l’amour du Christ époux envers l’Église épouse. Sa vie doit donc être illuminée et orientée par ce caractère sponsal qui lui demande d’être témoin de l’amour sponsal du Christ ; ainsi sera-t-il capable d’aimer les gens avec un cœur nouveau, grand et pur, avec un authentique détachement de lui-même, dans un don de soi total continu et fidèle ».
La charité pastorale, « participation de la charité pastorale du Christ Jésus » a donc un caractère sponsal qui l’habite et l’anime.
Eschatologie
Dans le royaume, on ne prendra ni femme ni mari. Mais cela ne signifie pas que les relations particulières entre les personnes qui nous sont plus proches seront dissoutes. Au paradis, le temps historique sera terminé et l’appel à la relation sponsale sera totalement assouvi par une relation et une plénitude encore plus grandes qu’un simple lien personnel d’une personne à une autre. Ce lien sera complètement dépassé.
Nous ressusciterons avec tout ce que nous sommes et avec tout ce que nous avons capitalisé comme amour. Du coup, il faut vraiment désirer (desirum caritatis) être avec Dieu, bien plus qu’avec toute autre personne.
L’« accomplissement définitif du genre humain » consiste en une « spiritualisation de l’homme selon une dimension différente de celle de la vie terrestre », « une nouvelle soumission du corps à l’esprit » ou, plus exactement, le passage d’un état où « la corporéité humaine a été assujettie à la mort » à un état où « l’esprit imprégnera pleinement le corps ».
Si « une personnalité spirituellement mûre » peut arriver, déjà ici-bas, à des rapports harmonieux entre l’esprit et le corps, la perfection totale et inamissible de ces rapports est réservée à l’au-delà. Ce fait résultera en définitive de la « divinisation fondamentale » de l’humanité dans le royaume. L’« authenticité eschatologique » de la réponse à la communion avec Dieu sera telle qu’elle achèvera la personnalité humaine aussi bien dans sa dimension corporelle que dans sa dimension spirituelle, et qu’elle lui fera découvrir en Dieu, de façon parfaite, le monde des relations de communion avec toutes les personnes humaines, hommes et femmes : elle sera le lieu de « la redécouverte d’une nouvelle et parfaite intersubjectivité de tous » ; elle réalisera « l’accomplissement définitif de la signification "sponsale" du corps » dans une optique « virginale » ; elle deviendra « source de la parfaite réalisation de l’« ordre trinitaire » dans le monde créé des personnes ».
La signification « sponsale » du corps dans la résurrection à la vie future correspondra parfaitement soit au fait que l’homme, comme être masculin et féminin, est une personne créée à « l’image et à la ressemblance de Dieu », soit au fait que cette image se réalise dans la communion des personnes. Cette signification « sponsale » d’être corps se réalisera donc comme une signification parfaitement personnelle en même temps que communautaire.
Sponsalité intra-trinitaire
En Dieu, les Personners de la Trinité entretiennent entre elles (deux à deux) une unité sponsale.
Par exemple, l’unité sponsale de la Première et de la Seconde Personnes de la Très Sainte Trinité qui est celle du Père et du Fils.
La vocation
Le défi de la vocation aujourd’hui est de comprendre la sponsalité, d’abord la sponsalité dans le mariage et ensuite la sponsalité avec Dieu. De cette manière nous aurons découvert le premier et le plus grand élément dans toute vocation.
L’amour sponsal est le don singulier de soi. Il soutient toutes les vocations, qu’elles soient pour le mariage, le célibat ou la vie consacrée, ou le sacerdoce.
Les communautés nouvelles
Existent aujourd’hui des communautés nouvelles, où célibataires et familles vivent dans un même lieu, comme des lieux de guérison. Dans ces communautés, l’union sponsale au Christ est dévolue aux célibataires qui ont voué leur vie à Dieu : « ils signifient jusque dans leur chair l’union au Christ époux… Ils sont les épousés du Christ ».
Les célibataires des communautés nouvelles sont donc assimilés aux vierges consacrées, sans tenir aucun compte que pour être intégré à l’Ordre des Vierges il faut une consécration qui ne peut être donnée que par l’évêque…
Pour les familles, ce n’est pas l’union sponsale du Christ et de l’Eglise qui les caractérisent, mais l’incarnation d’un visage de la Trinité. Cette distinction catégorique met un terme à toute opposition entre virginité consacrée et mariage fréquente dans l’Eglise avant le Concile, dit l’auteur…
Divers
La vocation sponsale du Christ pour l’Eglise, son corps mystique.
Mystique de l’amour-relation : communion avec le Toi divin en termes d’amour sponsal et d’alliance.
Le Christ est Époux de l’Église et de chaque chrétien.
Le Christ nous montre, dans son incarnation, sa pâque et son eucharistie, la nature intime de la sponsalité : un amour gratuit, total, permanent et fécond qui invite à la réciprocité.
« Notre sponsalité est la vie de prière ».
Est-ce l’importance du vocabulaire de la sponsalité qui fait ensuite présenter « l’Eucharistie comme sacrement sponsal ».
Le mot « sponsalité » est l’intégration du corps en éthique ! Elle n’est pas sans rapport avec la chasteté : le Catéchisme de l’Église Catholique décrit et, en un certain sens, définit ainsi la chasteté : « La chasteté signifie l’intégration réussie de la sexualité dans la personne et par là l’unité intérieure de l’homme dans son être corporel et spirituel ».