
- Denys l’aéropagite
L’homme connu sous le nom du Pseudo-Denys (ou Denys l’aréopagite) est un père de l’église qui eut une influence très importante sur la théologie médiévale.
Son surnom bizarre s’explique par le fait qu’on l’a confondu longtemps avec un personnage des actes des apôtres (Ac 17,33), le seul Grec que Saint Paul soit parvenu à convertir. Ensuite on s’est rendu compte que son oeuvre était beaucoup plus tardive (cinquième siècle) et on lui a accolé ce "pseudo" pas très poétique. Quoiqu’il en soit ce Denys laisse une oeuvre très importante, en particulier son traité "La théologie Mystique", un traité tellement capital qu’il lui valut le titre de père de la mystique.
Un des aspects les plus féconds de l’œuvre du Pseudo-Denys est d’avoir introduit la distinction entre les différentes dimensions de la théologie ; la théologie mystique (le sommet de la théologie), la théologie symbolique et la théologie spéculative.
- la théologie mystique : elle correspond à une révélation secrète. C’est le degré suprême de la connaissance de Dieu. Plus la connaissance est élevée moins il est possible de l’exprimer par des mots, la montée vers Dieu est donc une montée dans le silence et l’obscurité : « étant plongés dans l’obscurité au-delà de tout entendement, nous allons rencontrer non seulement la pauvreté des mots, mais l’absence totale de parole et de compréhension » ;
- la théologie symbolique : c’est le degré inférieur de la théologie. Elle examine les expressions issues de l’expérience des choses sensibles pour être rapportées à Dieu ; ainsi les Saintes Écritures parleront de la colère de Dieu, de l’ivresse de Dieu, du sommeil de Dieu, de son réveil, de la jalousie de Dieu, etc... Le symbole est une image qui renvoie au-delà d’elle-même, il permet de rendre l’invisible visible et de dire l’indicible ;
- la théologie spéculative : elle s’efforce par la raison éclairée par la foi de développer et d’ordonner les vérités de foi.
L’influence du Pseudo-Denys
Benoît XVI souligne aussi que le Pseudo-Denys « créa la première grande théologie mystique » : « Le mot « mystique » acquiert même avec lui une nouvelle signification. Jusqu’à cette époque, pour les chrétiens ce mot était équivalent au mot « sacramentel », c’est-à-dire ce qui appartient au « mysterion », au sacrement. La parole « mystique » devient avec lui plus personnelle, plus intime : elle exprime le chemin de l’âme vers Dieu ».
Au cours des siècles, le pape soulignait que « Denys l’Aréopagite eut une grande influence sur toute la théologie médiévale, sur toute la théologie mystique autant en Orient qu’en Occident, il fut presque redécouvert au treizième siècle notamment par saint Bonaventure, le grand théologien franciscain qui dans cette théologie mystique trouva le moyen conceptuel d’interpréter l’héritage tellement simple et profond de saint François : le « poverello » avec Denys nous dit finalement que l’amour voit plus que la raison ».
Les spiritualités asiatiques aussi
Benoît XVI voit aussi en lui un pont avec les spiritualités asiatiques : « Il existe aujourd’hui une nouvelle actualité de Denys l’Aréopagite : il apparaît comme un grand médiateur dans le dialogue moderne entre le christianisme et les théologies mystiques de l’Asie, dont la caractéristique la plus connue est la conviction selon laquelle on ne peut pas dire qui est Dieu ; on ne peut parler de Lui que sous forme négative ; on ne peut parler de Dieu qu’avec le « ne pas », et ce n’est qu’en entrant dans cette expérience du « ne pas » qu’on Le rejoint. On voit ici une proximité entre la pensée de l’Aréopagite et celle des religions asiatiques : il peut être aujourd’hui un médiateur comme il le fut entre l’esprit grec et l’Evangile ».