
Avec la conscience et la subjectivité, nous avons un point d’accrochage sûr pour chaque être humain : la conscience. Car le réel est expérimenté par la conscience.
Ce que nous rencontrons ici, c’est la place de chaque « point de vue » humain. Le « point de vue » fonde la « vision », le « voir ».
VISION, VOIR
L’homme est un « point de vue », mais il peut « avoir » plusieurs points de vue pour considérer le réel et même ces points de vue peuvent changer ou évoluer au cours de sa vie.
Nous dirons que ce qui supporte un point de vue, c’est la « vision ». Il apparaît donc que l’être humain peut avoir différentes « visions » du réel et même changer de « vision ». Les toltèques parlent à ce sujet de « déplacement du point d’assemblage ».
Un changement de symbolique (c’est-à-dire d’organisation de l’intériorité humaine, de ses symboles ou d’un ensemble de ses symboles) et la vision du réel change (on peut penser en particulier ici à la symbolique d’une tradition).
Nous définissons de façon générale comme symbole toute représentation claire arrivée à la conscience humaine. Un symbole « vibre » dans l’intériorité humaine ; il apparaît que, dans cette vibration, les symboles s’enchevêtrent entre eux. De ce fait, le sens d’un symbole reste toujours ouvert. Il est plus ou moins flou, voire fluctuant. Dans l’intériorité humaine, les symboles ne sont donc jamais totalement disjoints et irréductibles l’un à l’autre. Leur confrontation est le fait d’un accord direct qui ne passe pas obligatoirement par le langage. L’intériorité dévoile donc un système de symboles en forte interaction et en interrelations : le réel est vu au travers de ceci...
Un symbole (qui peut être, en particulier, un mot ou une image) a un champ plus vaste, qui n’est jamais défini avec précision, ni pleinement expliqué. Personne d’ailleurs ne peut espérer le faire. Lorsque l’esprit entreprend l’exploration d’un symbole, il est amené à des idées qui se situent au-delà de ce que notre raison (le voir conventionnel) peut saisir. Il semble donc qu’il y ait un lien immédiat entre « vision », « voir », symbole et symbolique.
DES VOIRS DIVERS
L’être humain a à sa disposition une multiplicité de voirs, dont le voir conventionnel mais aussi des voirs portés par des traditions. et des cultures qui lui sont légués dans le cadre de l’expérience humaine. Chacun de ses voirs permet une approche du réel.
L’être humain peut s’approprier certains de ces voirs : ceci se fait d’abord par l’expérience de ces voirs. Mais l’étude des voirs peut être fructueuse. Avec les voirs, il importe de vouloir vivre juste.
LE VOIR CONVENTIONNEL
Le voir conventionnel s’est construit au cours de l’histoire humaine. Chaque individu se l’approprie et l’intériorise : la culture est ainsi « intériorisée » au niveau individuel.
Vouloir retrouver les étapes de cette construction n’est pas une tâche aisée, surtout quand elles se perdent dans les brumes du temps historique et personnel.
Naturellement, le voir conventionnel peut avoir besoin d’être purifié : nous pensons ici aux distorsions introduites par l’ego de chacun.
LE VOIR SCIENTIFIQUE
Le voir scientifique nous donne une vision du monde qui est celle des sciences…
LE VOIR PHILOSOPHIQUE
Le voir philosophique, c’est l’exercice de la pensée philosophique. C’est le voir que nous utiliserons dans notre cartographie.
DEMULTIPLER L’EXPERIENCE
Il peut être intéressant de « démultiplier » notre expérience. On peut ainsi décider d’interroger l’histoire humaine et alors bénéficier de tout un ensemble de témoignages de personnes qui nous ont précédés ou qui sont nos contemporains.
En effet, il serait absurde de faire table rase des traditions humaines et du savoir humain. Cela permet de ne pas se limiter à sa propre expérience d’autant que l’on a pas tout à réinventer et que la vie humaine est courte. Cela va influencer évidemment notre prise de conscience et toute notre relation au réel. Alors, il est possible de se laisser interpeller et d’enrichir ainsi sa propre compréhension. C’est ici qu’il est toujours intéressant de « critiquer » sa propre compréhension. C’est une marche en tension qui doit être rapportée à sa propre expérience.
Il y a là un aspect crucial de cette approche : peut-on faire confiance à ce qui est rapporté par des hommes ? Il faut ici évaluer (en faisant résonner ce qui est dit dans notre intériorité) et, le cas échéant, faire confiance.
LA PUISSANCE DU VOIR
Un voir permet un point de vue. Avec le voir, nous avons un outil puissant qui permet de scruter le réel. Chaque « voir » fait percevoir un réel intuitif « différent ».
Le voir nous permet entre autres choses d’explorer maintenant les mots en les « cassant ». Sur ce chemin, François Varillon nous met sur la voie : « Il faut casser les mots, comme on casse une tirelire ou un oeuf de Pâques pour voir ce qu’il y a dedans. Je vous oblige à casser les mots, c’est indispensable ».
UN PROJET POSSIBLE
Un projet possible peut être de « cartographier » le réel à partir des différents voirs que l’on aura validés dans sa vie. Avec cette cartographie, nous serons peut-être en mesure de cerner les questions fondamentales de la vie et d’y apporter une réponse.