Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)

Relations entre l’être humain et l’Esprit (I)

mardi 13 juillet 2010, par cmchr

Pour comprendre les relations entre l’Esprit et l’être humain, nous pouvons essayer de les aborder à partir de la Trinité.

La position de l’être humain comme « Fils » permet de mieux appréhender (et de comprendre) le mystère trinitaire et la participation à la Vie trinitaire. Nous obtenons de nombreux éclairages et confirmations sur ces aspects à la lecture de la « Vive Flamme d’Amour » de Jean de la Croix.

PARTICIPATION A LA VIE TRINITAIRE

L’être humain est sinon introduit dans la Vie trinitaire (il participe aux opérations trinitaires en tant que Fils) ou bien son état lui communique une vision claire et des connaissances élevées des secrets de Dieu, de la Trinité, une vision « de jour » de la Trinité ; l’être humain est fait ici participant de la nature divine :

« Par elles, les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise. » (2 P 1, 4)

Pour l’être humain qui spire l’Esprit avec le Père et le Fils, la Génération du Fis et la Procession de l’Esprit ne sont plus des concepts théologiques. Même s’ils sont ineffables, il les connaît, y assiste et y participe. Reste toujours la difficulté pour lui d’en témoigner.

La Génération du Fils

Pour fonder notre compréhension de cet aspect de la vie divine, il peut être intéressant de retrancher tous nos sens et aussi notre conscience. On entre alors en « sommeil profond » alors qu’on est dans l’état de veille.

Saint Jean de la Croix nous parle de cet expérience :

« pour arriver à ce que tu ne goûtes pas,
tu dois aller par où tu ne goûtes pas ».

Ceci permet d’accéder à la ténèbre du créé.

Une fois que nous avons pris conscience de la ténèbre du créé, Dieu, dans sa bonté, peut nous permettre d’accéder par la Foi à la Grande Ténèbre qu’Il est dans Son fond.

Alors, nous nous reposons dans la Grande Ténèbre : nous accédons à la pure passivité, nous sommes « immergés » en Dieu dans l’essence divine.

« Dans l’immense ténèbre, je vois la Trinité sainte, et dans la Trinité, aperçue dans la nuit, je me vois moi-même, debout, au centre » (Angèle de Foligno)

Ensuite, après cette expérience de ténèbre, il est fructueux d’observer la « sortie » de la ténèbre qui permet de « comprendre » la Génération ineffable du Fils par le Père. Ceci permet aussi de comprendre l’acte créateur lui-même ainsi que le fait que le manifesté sorte du non-manifesté.

L’être humain assiste ici et participe au « premier » souffle du Fils quand il sort du sein du Père, souffle qui est lié à la Génération du Fils par le Père, souffle qui spire l’Esprit créateur et fécond :

Que doux et amoureux
tu t’éveilles en mon sein
où toi seul en secret as ton séjour.
Ton souffle savoureux
plein de gloire et de bien,
que délicatement il m’énamoure !

(Jean de la Croix, Vive Flamme, strophe 4)

Jean de la Croix ne s’y trompe pas qui dit à la fin de la Vive Flamme : « Et tout ceci a lieu dans les profondeurs de Dieu. Aussi je n’en dirai rien de plus. ».

Le Mystère de le Génération du Fils peut aussi être vu de façon analogique à partir du surgissement dans le présent de l’être humain dans le réel : Quel émerveillement !

La spiration de l’Esprit par le Fils

Quand il est dit que le Fils spire l’Esprit, en fait il faut considérer deux mouvements :

  • l’expiration de l’Esprit par le Fils ;
  • l’inspiration (ou aspiration) de l’Esprit par le Fils.

C’est comme si la Création était créée de nouveau à chaque expiration du Fils.

C’est comme si la Création était purifiée (rédimée) à chaque inspiration du Fils.

Les Biens du Fils sont les Biens de l’être humain sanctifié. Donc quand l’être humain spire l’Esprit-Saint, à la façon du Fils, il L’expire hors de lui-même - Le redonne à Dieu - et il L’inspire (aspire) en lui - il reçoit Dieu - et l’être humain est vivifié par l’Esprit.

Mais, en fait, c’est Dieu qui aspire en l’âme.

De cette aspiration, Jean de la Croix nous parle dans la quatrième strophe de la Vive Flamme d’Amour (déjà citée) :

Que doux et amoureux
tu t’éveilles en mon sein
où toi seul en secret as ton séjour.
Ton souffle savoureux
plein de gloire et de bien,
que délicatement il m’énamoure !

qu’il commente dans la Vive Flamme B :

« Le premier effet est un réveil de Dieu en l’âme, et le mode avec lequel celui-ci se fait est de douceur et d’amour. Le second est une aspiration de Dieu en l’âme, et son mode est de bien et de gloire qui se communique en l’aspiration. Et ce qui de là en rejaillit sur l’âme c’est de l’énamourer délicatement et tendrement.

[…] Et en cette savoureuse aspiration qu’en ce réveil qui est tien tu fais savoureuse pour moi, car elle est pleine de bien et de gloire, avec combien de délicatesse tu m’énamoures et m’affectionnes à toi ! Pour cela l’âme prend la comparaison de celui qui respire, quand il se réveille de son sommeil, car à la vérité, elle le sent alors ainsi.

[…] Mais en ce réveil que l’Époux fait en cette âme parfaite tout ce qui se passe et se fait est parfait, parce que Lui fait tout ; ce qui est à la façon comme quand quelqu’un se réveille et prend haleine : l’âme sent une délectation étrange en l’aspiration de l’Esprit Saint en Dieu, en qui souverainement elle se glorifie et s’énamoure.

[…] Je ne voudrais dire, pas même ne veux-je dire de cette aspiration pleine de bien et de gloire et d’un amour très délicat de Dieu pour l’âme, parce que je vois clairement que je ne saurais le dire, et si je le disais, on croirait qu’on peut le dire. Parce que c’est une aspiration que Dieu fait à l’âme, en laquelle, moyennant ce réveil de la haute connaissance de la Déité, l’Esprit-Saint l’aspire avec la même proportion que l’intelligence et la notice de Dieu ont été, en quoi Il l’absorbe fort profondément dans l’Esprit-Saint, l’énamourant avec une excellence et une délicatesse divines, selon ce qu’elle a vu en Dieu ; car, comme l’aspiration est pleine de bien et de gloire, l’Esprit Saint remplit en elle l’âme de bien et de gloire, en quoi Il la ravit de son amour au-delà de toute langue et de tout sentir dans les profondeurs de Dieu : A qui soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen. ».

LE « FILIOQUE »

La compréhension de la relation entre le Fils et l’Esprit n’est pas sans incidence sur la compréhension de la relation entre l’être humain et l’Esprit.

Ici, la querelle du « Filioque » qui divise l’Eglise occidentale et l’Eglise orthodoxe n’est pas qu’une subtilité de la foi : elle peut avoir une « incidence » pratique dans la compréhension (et l’interprétation) de l’expérience de l’Esprit par l’être humain.

En fait, le « Filioque » peut tout à fait être recevable si on ne force pas le « que » (et latin) : c’est-à-dire voir deux principes à l’Esprit, mais plutôt voir la Procession de l’Esprit comme :

  • « l’Esprit procède du Père par le Fils » (δια grec) ;
  • « l’Esprit procède du Père sur le Fils » (l’Esprit repose sur le Fils).

Notre compréhension de l’action de l’Esprit-Saint dans l’être humain nous fait nous rapprocher de la tradition orthodoxe.

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