Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)

Sagesse d’un Voir chrétien

mercredi 9 juin 2010, par cmchr

L’Esprit est humble. Il ne se met pas en avant, Il ne s’impose pas, Il laisse de la place à l’homme. C’est souvent le grand Inconnu !

Ainsi, de même, nous ne mettrons pas ici (tout d’abord) l’Esprit (ou Dieu) en avant. Nous nous intéresserons à quelques éléments généraux utiles à un Voir chrétien.

En fait, de notre bonne insertion dans le présent dépend notre rapport juste au monde et à l’Esprit.

Le moment présent

Le moment présent, c’est le lieu d’une vie qui peut être pleinement vécue.

Ce qui compte dans le présent, c’est qu’il est le moment privilégié de la rencontre de l’Esprit (de Dieu). L’Esprit se rencontre au présent et s’expérimente au présent : là est le secret de la vraie vie et nous pouvons profiter de cette fontaine de Vie et d’Amour qui se déverse constamment sur nous.

Le passé est fumée, l’avenir est fumée : ce qui compte, c’est le présent où la vie peut être vécue avec densité, intensité, fraîcheur et nouveauté : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Il est ainsi possible de vivre dégagé du poids du passé et des incertitudes de l’avenir. Car souvent le présent n’est pas vécu pleinement soit que l’on ressasse le passé soit que l’on s’interroge sur l’avenir.

Dans le présent, on pose un regard direct sur les êtres et les choses. Ceci permet de contempler la Vérité de ce qui est et de voir couler la beauté par tous les pores du réel. C’est ce qui caractérise l’état d’ « éveillé », d’ « illuminé », d’ « être réalisé ».

Si la vie éternelle est déjà commencée d’une certaine façon, cela donne une saveur singulière au moment présent.

Ainsi, l’attention au moment présent est peut-être aujourd’hui le grand secret de la vie spirituelle : il s’agit de vivre ce qui nous est donné de vivre dans la confiance et dans l’amour.

Il faut prendre conscience du moment présent de notre propre vie : c’est là où Dieu fait son oeuvre en nous et où Il vient à notre rencontre. Là est le secret de la vraie vie, c’est le seul moment qui soit réel.

Dans cette vie éternelle déjà commencée, par don de Dieu, nous sommes un « autre » christ, nous sommes fils de Dieu. A nous de nous en montrer dignes.

Et, puis, le Voir s’exerce fondamentalement dans l’instant présent !

La sécurité

Vivre la vie éternelle dans le moment présent, c’est abandonner définitivement la peur : c’est se sentir fondamentalement en sécurité.

C’est encore accueillir le don de Dieu qui nous libère : un moi qui cherche la sécurité ne la trouve jamais, un moi qui désire le contrôle ne l’atteint jamais.

L’image de la manne

L’image de la manne est importante pour nous aider à structurer notre vécu du moment présent. Nous ne sommes pas là pour faire des provisions : chaque grâce est nouvelle et il ne sert à rien de vouloir retenir les grâces passées.

La grâce comme la manne ne se conserve pas (Ex 16, 19-20), elle se vit donc dans le présent. Cela fonde notre considération du lâcher-prise et du non-attachement.

Faire l’expérience de la Présence

La Présence de l’Esprit (de Dieu) au réel est permanente. Pour en prendre conscience, il suffit de ralentir le tumulte de sa vie. Installée dans le moment présent, l’intériorité calmée laisse émerger la conscience « pure » et permet de prendre conscience que l’Esprit est à la fois présent à l’intérieur et à l’extérieur de nous-mêmes.

La Présence est continuellement là : il suffit de se rendre présent à la Présence qui imbibe tout comme une douce lumière.

Le silence

Faire silence dans nos vies est l’une des clés de la vie spirituelle et la vie mystique.

Souvent, notre bruit intérieur est plus insidieux que le bruit extérieur. De ce fait, nous ne posons pas librement les actes que nous effectuons. Nous n’avons pas pris le recul nécessaire et nous dérapons. Le temps d’oraison est déjà un moyen d’entrer dans le silence. Mais il faut que ce silence envahisse toute notre vie.

Une des vertus de ce silence intérieur est de nous disposer à l’écoute de ce qui se passe et, en particulier, à l’écoute de l’Esprit (de Dieu) pour ce qu’il veut dans nos vies. Le silence est la première nécessité de celui qui veut suivre un cheminement spirituel.

Car l’Esprit (Dieu) parle sans arrêt, par des signes, des images, des sons, des situations, des regards, des sensations… Encore faut-il prendre le temps de l’écoute et de faire silence dans notre vie agitée, dispersée et bruyante à souhait.

L’écoute

L’écoute est fondamentale. C’est parce que nous avons « écouté » au moins une fois que nous avons été capable de répondre à l’appel de l’Esprit (Dieu).

Non seulement, nous pouvons écouter, mais l’Esprit (Dieu) nous écoute aussi constamment. Ceci fait de notre vie un véritable échange et une véritable relation : nous nous constituons ainsi en tant que personnes.

L’écoute nous met en contact avec la vérité de ce qui est et cette vérité nous rend libres. L’écoute permet ainsi de quitter le passé, les a priori de la mémoire pour entrer dans la nouveauté.

Dans l’écoute, nous nous connectons pleinement au moment présent et nous pouvons alors faire ce qui est juste à ce moment-là. Dans l’écoute, nous pouvons être créatifs et faire de notre vie un chef d’œuvre.

La grâce

La grâce est un secours, un appui, une guidance qui nous est donnée par l’Esprit (Dieu), dans le moment présent, pour accomplir notre vie.

Dans notre écoute et notre silence intérieurs, nous pouvons profiter pleinement de cette grâce donnée par l’Esprit (Dieu) pour réaliser ce pour quoi nous sommes là.

Vivre l’humilité

Saint Bernard estimait que parmi les enseignements du Christ l’humilité est le plus grand. Si l’humilité est si importante, c’est qu’elle est la mère des autres vertus : la patience, la générosité, la miséricorde, la force…

L’humilité nous engage à vivre de la grâce de l’Esprit (de Dieu). C’est pourquoi celle qui a su laisser toute la place au Seigneur, la Vierge Marie, est la plus grande auprès de Dieu.

Le terme humilité est à rapprocher du mot humus, qui en est la source étymologique, et qui a donné par ailleurs le terme homme. Cela semble signifier que l’humilité consiste, pour l’homme, à se rappeler qu’il est poussière (ou littéralement : « fait de terre », c’est-à-dire de la matière la plus commune).

Au-delà de l’image du matériau (terre, humus), le terme d’humilité renvoie en effet à l’idée d’une provenance étrangère, d’une impuissance à être sa propre origine ; il paraît impliquer aussi, du même coup, l’idée d’une incapacité pour l’être humain à s’accomplir par ses seules forces.

Pour commencer à vivre l’humilité, deux conditions sont requises :

  • lire à l’intérieur de soi-même pour déceler notre vérité ;
  • avoir une estime de soi suffisante.

L’humilité, c’est ainsi :

  • ne pas se surévaluer ;
  • ne pas se dévaluer ou se sous-évaluer.

L’humilité, c’est donc l’acceptation de la vérité sur soi-même. L’humilité situe en vérité devant l’Esprit (devant Dieu) et devant les frères : il ne nous est pas demandé de nous croire le dernier des derniers, mais d’être dans le vrai.

L’humilité se mesure à la confiance : pour avoir confiance, il ne faut pas se regarder, mais regarder uniquement l’Esprit (Dieu) et ce qu’il veut faire.

« L’humble est celui qui a confiance, qu’il recevra de quoi manger en chemin, si ce chemin est vraiment le sien, au lieu de préparer toute sa vie des provisions pour un voyage qu’il ne fera jamais » Jean-Louis CHRETIEN, philosophe, La Croix, vendredi 26 avril 2002.

La simplicité de vie

Le Christ recommande de devenir comme des petits enfants pour entrer dans le Royaume de Dieu. Ce n’est pas le manque de maturité mentale d’un enfant qu’il demande, mais bien la simplicité spirituelle d’un petit qui croit facilement et qui a pleine confiance. Sainte Thérèse de Lisieux a ainsi défini un chemin de simplicité spirituelle basé sur la confiance absolue en Dieu.

La simplicité, c’est aussi une droiture du jugement qui supprime les retours inutiles sur lui-même et sur ses actes. Ce non retour sur soi est essentiel et, c’est pour cela, que tous les saints nous demandent de ne pas raisonner inutilement Le mystique a la véritable simplicité, celle du coeur, la simplicité des regards clairs. Il tient en grande estime la pauvreté qui est permet d’atteindre la simplicité de vie.

La confiance

L’Esprit (Dieu) aussi est attentif à ce qui se passe dans le monde. Ceci permet d’entrer dans la confiance et l’abandon puisque l’Esprit (Dieu) concourt au bien du monde et de tous ceux qui le cherchent.

Comme le dit sainte Thérèse de Lisieux : « Tout est grâce ». Ceci nous rend joyeux et nous évoluons en confiance, car nous savons que l’Esprit (Dieu) et Sa Providence sont toujours à nos côtés.

La bienveillance du réel

Dans tout ce qui nous arrive, nous sommes accompagnés, soutenus et aimés.

Souvent la souffrance est de notre fait, car nous résistons au réel, nous n’acceptons pas le réel tel qu’il est. Certes, parfois, nous sommes frappés injustement par le mal : mais c’est encore une occasion de grandir, car au cœur de cette épreuve, nous avons la confiance qu’il y a toujours une dimension d’espérance et de résurrection.

L’acceptation du réel

Dans le moment présent, l’Esprit (Dieu) fuse partout dans le réel. Il est ainsi possible d’avancer en toute confiance et de dire oui à la vie qui se déroule. Ainsi le fondement du réel, c’est la Bonté.

Accepter le réel, c’est laisser la Vérité se déployer : c’est ne plus vouloir tout contrôler. C’est accueillir humblement ce qui est et ce qui vient, même si l’on envisage de le canaliser et de l’orienter dans l’avenir.

L’acceptation du réel, c’est aussi s’accepter là où on en est du fait de son histoire personnelle, savoir que dans le présent nous sommes acceptés par l’Esprit (par Dieu) tels que nous sommes ce qui nous permet à notre tour de nous accepter ici et maintenant.

Avec Dieu à nos côtés, nous voyons qu’il est ainsi possible d’avancer en toute confiance et de dire oui à la vie qui se déroule.

L’obéissance

Tout ce qui arrive est d’une certaine façon la Volonté de l’Esprit (de Dieu) : soit que Il le veuille, soit qu’Il le permettre pour un plus grand bien (ainsi la Croix et toutes ses retombées de grâce).

Ce que dit Jésus peut nous orienter dans notre agir et notre façon d’être : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement » (Jn 5, 19).

Ainsi, si nous voulons être des fils de Dieu et souples à la motion de l’Esprit, notre agir doit être le fait du Père. Ceci suppose donc pour nous une entrée dans l’obéissance comme ce fut le cas pour Jésus.

Par le silence et l’écoute, nous quittons notre volonté propre et notre simple agir humain pour nous couler dans l’agir de l’Esprit (de Dieu), lui-même, en nous. Cela suppose que nous ne sommes plus propriétaires de nos vies. Mais que nous épousons pleinement notre mission de vie : le plan que l’Esprit (Dieu) a sur nous de toute éternité.

Le non-attachement

Sur le chemin spirituel, il ne faut pas non plus se raidir ou se crisper sur ce que l’on possède : ses biens, sa vision du monde, ses expériences spirituelles, ses points forts… Il est important de laisser venir et de voir les choses telles qu’elles sont, d’être ouvert à l’inconnu. Cela est difficile si l’on sait déjà (ou si l’on croit déjà savoir) ou si l’on veut contrôler le déroulement da sa vie.

  • être non attaché, c’est être disponible à la nouveauté de ce qui vient.

Cela permet d’être libre ;

  • être non attaché permet d’avoir un regard désencombré et de plonger au cœur du réel et au cœur de l’Esprit (de Dieu).

Le non-attachement rejoint la pauvreté et permet de mettre l’Esprit (Dieu) à la première place et de ne rien préférer à Dieu.

Le non-jugement

Le jugement est la constante évaluation de ce qui se passe en choses justes ou fausses, bonnes ou mauvaises. Lorsqu’on est perpétuellement occupé à évaluer, classer, étiqueter ou analyser, on crée un grand nombre de turbulences dans son dialogue intérieur.

Le non-jugement crée le silence dans l’esprit. Cette ouverture donne accès à l’état de pure attention, de silence du mental et de calme intérieur. Elle rend disponible à ce qui arrive et ouvre à l’écoute pour pouvoir éventuellement prendre une décision.

Commencer sa journée dans cette intention est donc une bonne idée. Dès qu’on se surprend à juger, souvenons-nous de cet engagement. S’il paraît trop difficile d’observer cette règle toute la journée, on peut simplement se dire « Pendant les deux prochaines heures, je cesserai de juger » ou «  Pendant une heure, je ferai l’expérience du non-jugement ». Ensuite on peut allonger graduellement la durée de cet exercice.

L’abandon ou le lâcher-prise

L’abandon (ou le lâcher-prise) est une attitude. Il vient le plus souvent de la prise de conscience que l’expérience mystique ne dépend pas de notre volonté : elle n’est pas donnée après un long effort. Elle n’est pas le fruit d’une recherche conduite par nos efforts. Elle est disponible au creux de l’abandon de nous-mêmes. Ensuite, l’abandon confiant gagne toute notre vie : « L’Abandon à la Providence divine » du Père de Caussade est un classique sur ce sujet.

Comme le dit le Père Alphonse Goettmann :

« Que faire ou plutôt comment être pour que notre moi n’interfère plus d’aucune manière et que Dieu puisse être vraiment Dieu en nous ? La réponse est donnée par le Christ sur la croix, puis mise en pratique par tous les saints à travers les âges : c’est accepter de n’être rien. Celui qui consent à n’être rien devient libre de tout vouloir particulier. Il s’abandonne et se coule dans le simple et pur vouloir de Dieu, devient vaste comme l’univers dont il épouse le mouvement créateur. L’homme qui accepte pleinement cette réalité, jusqu’à ne plus avoir aucune préférence, et se réjouit à fond de ce qui lui arrive, dans une confiance absolue, a trouvé la paix et la félicité au-delà de toute attente. Ce qu’on appelle couramment « obéissance » dans la tradition spirituelle culmine dans cette attitude qui, seule, donne à l’homme accès aux profondeurs de son propre mystère, à celui de la création et à Dieu. Cela suppose cependant que l’homme ne s’adonne effectivement qu’à cet abandon, que la totalité de son être, la pensée, la volonté, le coeur et le corps, soient tournés à l’unisson vers ce seul objectif. Là est la vraie conversion : une focalisation de toutes ses énergies en un seul point, et ce point est la Présence divine à laquelle l’homme s’offre et s’abandonne. C’est une Présence d’Amour agissant et l’homme totalement ouvert, réceptif, reconnaîtra bientôt la manière d’agir de Dieu à travers tout et en tout temps, sa « méthode ». La difficulté dans ce Travail de l’homme, son unique Travail rappelons-le, c’est l’ouverture inconditionnelle, sans aucune interférence de l’ego, l’acceptation nue de la réalité de l’instant telle qu’elle est, dans le calme absolu du mental. L’essence de l’abandon, c’est la liberté réelle, devant l’objet, la situation, l’événement, les pensées... sans réaction, donc sans conflit. La non-intervention de l’ego pour juger - aimer ou ne pas aimer - permet à l’abandon d’aller jusqu’au bout : devenir un avec ce qui se passe ici et maintenant. »

La passivité

L’abandon est une attitude. La passivité, elle, ne peut être atteinte par nos propres efforts : elle est un don de l’Esprit (de Dieu). Si Dieu le veut, nous quittons alors notre volonté propre et notre simple agir humain pour nous couler dans l’agir de l’Esprit (de Dieu), lui-même, en nous. L’activité de l’Esprit (de Dieu) croît alors et la « passivité » de l’homme croît corrélativement et parallèlement.

Cette passivité peut être rapprochée de l’obéissance absolue dont témoigne Jésus à son Père et qui nous est demandée également à nous. Elle est un repos dans l’Esprit (en Dieu).

Nous réalisons alors cette parole de Jésus :

« Le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement » (Jn 5, 19)

et

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Ga 2,20)

et

« Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ».

Dans la passivité, nous sommes alors « transparents » et complètement ajustés à l’Esprit (à Dieu) : nous faisons, mais alors, c’est comme si nous ne faisions pas. L’Esprit (Dieu) agit même en nous et par nous secrètement.

Dans la passivité, l’ego meurt par inanition, il n’a rien à « faire » ; l’homme peut naître alors à une toute autre fécondité, divine celle-là. En somme, il n’a qu’un travail, c’est de s’ouvrir au travail de l’Esprit (de Dieu). Comme le confirme saint Irénée : « Le propre de Dieu est de faire et pour l’homme de se laisser faire ».

Quand Dieu peut vraiment être Dieu en nous, sans plus aucun obstacle, alors l’Amour se déploie à l’infini, et quand l’homme consent à n’être rien, alors cette immensité de vide se remplit de cet Amour. « Laisser Dieu être Dieu, c’est se laisser aimer et cela suffit », dit Nicolas Cabasilas, « pour devenir le plus grand des saints ».

C’est pourquoi l’un des basculements importants dans la vie mystique est l’entrée dans la passivité (que ce soit dans l’oraison ou dans la vie elle-même). Cependant il ne faut pas simuler avant l’heure une passivité acquise par cessation des actes (comme dans le Quiétisme, par exemple), mais « cultiver » cette passivité infuse qui résulte d’une inspiration spéciale du Saint-Esprit.

La simplicité du chemin

Tout ce qui s’éloigne de la simplicité s’éloigne également de l’Esprit (Dieu) et de Sa Vérité. Comme le dit le Père Molinié :

« On peut comprendre alors pourquoi le combat spirituel est à la fois tellement simple et tellement compliqué. Le secret de la vie chrétienne et de la sainteté, c’est quelque chose d’extrêmement simple parce que c’est la vie divine : nous n’avons pas à la fabriquer ni même à courir après, il suffit de la laisser grandir en nous, de la laisser faire, de se laisser faire par la puissance formidable qui la pousse à grandir. C’est la plus petite de toutes les graines : mais si nous ne lui faisons pas obstacle, elle se chargera bien de nous envahir. Nous n’aurons pas à tirer des plans pour obtenir cet envahissement, il s’imposera à nous, nous n’aurons qu’à suivre, et ce sera suffisamment essoufflant car les exigences internes de cet envahissement iront infiniment plus loin que tout ce que les autres peuvent nous demander... beaucoup plus loin même que tous nos rêves de perfection ».

Comme nous l’avons déjà vu, passivité et vie divine vont alors ensemble.

Effacer son histoire personnelle

Effacer son histoire personnelle, c’est se désencombrer du passé, purifier sa mémoire pour vivre pleinement la rencontre avec l’Esprit (Dieu). Ce qui reste alors, ce sont les moments marquants de l’aventure avec l’Esprit (Dieu) qui fondent et refondent l’engagement envers Lui.

Cette visée d’effacement peut surprendre. Mais nous la retrouvons chez Jésus dont nous ne savons à peu près rien de ses trente premières années alors qu’il va rentrer dans sa mission, la proclamation du Royaume.

La gratuité

« Que l’on ne demande plus à quoi sert Dieu…il ne sert à rien. Il n’est pas utile. Mais gardons-nous bien de perdre le sens de l’inutile et du gratuit (…) Le bonheur est ce qui ne s’achète pas et ne s’évalue pas, ce que l’on ne peut croiser sur des tableaux statistiques. Il est l’inattendu, l’incalculable, l’inespéré (…). Il s’insinue au coeur du temps perdu et de la gratuité. Il naît là où il y a place pour l’inutile et le superflu. Il est à l’image de Dieu » (Charles Delhez, Ce dieu inutile…).

« Ce n’est qu’à partir d’un Dieu dont on n’a pas besoin qu’un peut accéder à une adoration authentiquement gratuite » (François Varillon).

« La prière et la foi sont des actes gratuits, c’est-à-dire inutiles et sans fonctions. La prière est un acte inutile, effectué sans attente de retour. La foi est le sens du gratuit : la foi est inutile et gratuite. Dieu est inutile. Voilà pourquoi il est essentiel. La prière est alors espace de gratuité » (Charles Delhez, Ce dieu inutile…)

La gratuité rapproche l’homme de son essence : « Plus une activité à un côté “inutile” plus elle est humaine. Plus elle se situe dans le registre du gratuit, plus elle touche à l’essentiel » (Charles Delhez, Ce dieu inutile…) :

  • 1. l’homme reçoit l’amour de l’Esprit (de Dieu) ;
  • 2. il n’est pas obligé de le lui rendre ;
  • 3. mais ne pas lui rendre est une méconnaissance préjudiciable.

Avec la gratuité, il faut savoir entrer d’un coup dans ce jeu proposé par l’Esprit (par Dieu) avec la nouveauté absolue et splendide de la création. Penser la création comme jeu (François Euvé) permet de bien mettre en évidence des aspects de l’activité créatrice :

  • la joie de l’Esprit (du Dieu) créateur ;
  • la gratuité de la création ;
  • le rapport entre liberté et règle ;
  • l’explicitation de la valeur de la création comme relation ;
  • l’importance des notions d’imprévisibilité et de risque.

Le jeu et la gratuité expriment la liberté de celui qui vit dans l’amour en présence de l’Esprit (de Dieu), confiant comme un enfant, dans la joie d’une discipline éprouvée comme source de vie. Mais il s’agit bien d’un jeu sérieux, où on est sensible également à l’enjeu, au risque constant de notre échec.

Le discernement

Nous pouvons sentir ici que nous avons besoin de discernement dans notre vie.

Nous pouvons nous rappeler ici cette parole de Jésus :

« Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui mon joug est aisé et mon fardeau léger. » (Mt 11, 28-30). Cette parole nous invite à nous mettre à l’école de Jésus qui dit aussi « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ».

Il suffit, en fait, de vivre la filialité telle que nous la montre Jésus (comme Fils du Père) et Jésus a rendu cela possible.

C’est dans cette filialité que nous « voyons » l’Esprit (Dieu) et que nous nous unissons à Lui. La filialité conduit ainsi au Voir et l’Esprit (Dieu) nous guide.

Le moule de sa propre tradition

Pour progresser sur le chemin, les éléments précédents sont essentiels, mais ils ne suffisent pas.

En effet, le but du Voir, c’est de donner sens à sa propre vie et au réel. En ce sens la compréhension de ce qui se passe dans notre vie est fondamental. La tradition spirituelle est ainsi ce moule où va s’interpréter l’expérience vécue.

L’Amour ne va pas sans connaissance de ce que l’on aime. La tradition spirituelle devient alors une grille de lecture et de saisie du réel qui va donner sa forme à la recherche elle-même dans la mesure où celle-ci s’accompagne d’une réflexion pour discerner le sens et donner sens.

La tradition spirituelle est ainsi un prisme avec lequel on décode le réel et où l’on prend position. Elle colore l’expérience vécue elle-même et influe sur sa formulation. En ce sens la tradition permet d’avancer à pas de géant. Un des dangers, c’est de l’aborder de façon figée : elle devient alors un handicap.

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