Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)
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Spiritualité (sans référence à Dieu)

lundi 19 octobre 2009, par cmchr

Nous explicitons ici des noyaux abstraits qui sont des discours sur le réel qui peuvent apparaître universels et qui peuvent baliser une quête personnelle.

Ces noyaux sont de portée générale et ne font pas référence explicite à Dieu.

Noyau abstrait : la conscience

La perception que j’ai du réel vient de ma conscience.

Noyau abstrait : la vie humaine

Je me construis par interaction avec le réel et, en particulier, les autres êtres humains.

Noyau abstrait : l’ouverture au mystère du réel

Il est un temps pour chaque chose. L’un pour développer son individualité, sa volonté personnelle, l’autre pour les abandonner afin de s’ouvrir à une autre dimension du réel qui est un mystère.

Noyau abstrait : vers la rencontre du Mystère

La durée de la vie humaine nous est donnée pour faire la rencontre du Mystère et d’en vivre. Le moment important, c’est la prise de conscience de ce Mystère (pour certains, « Dieu » ou l’« Absolu ») : elle peut se faire plus ou moins tôt.

Sur ce chemin, pas de meilleur adage que « Venez et voyez ». Là, rien ne remplace l’expérience.

S’il y a un Mystère, il doit être identifiable dans l’histoire personnelle de chacun et/ou dans l’histoire des hommes. De fait, il est repéré comme tel dans différentes religions, traditions ou spiritualités.

Chacun peut prendre ici un temps pour considérer le trésor de sa vie, des traditions humaines et de la tradition à laquelle il se rattache éventuellement. Chacun peut aussi s’arrêter de temps à autre dans sa vie pour renouveler cette prise de conscience.

Noyau abstrait : l’homme ordinaire et l’Esprit

Nous voyons dans ce noyau abstrait intervenir dans la vie d’un homme ordinaire, dans un homme non préparé à cela, une force inhabituelle (« l’Esprit »), une force dont il ne perçoit pas le caractère disons « surnaturel ». C’est le point de départ d’un chemin initiatique, un chemin que nous pouvons tous prendre, dans la mesure où nous répondons aux indications de cette force.

Noyau abstrait : le silence

Faire silence dans nos vies est l’une des clés du chemin.

Souvent, notre bruit intérieur est plus insidieux que le bruit extérieur. De ce fait, nous ne posons pas librement les actes que nous effectuons. Nous n’avons pas pris le recul nécessaire et nous dérapons. Un temps de méditation est déjà un moyen d’entrer dans le silence. Mais il faut que ce silence envahisse toute notre vie.

Une des vertus de ce silence intérieur est de nous disposer à l’écoute de ce qui se passe et, en particulier, à l’écoute du Mystère dans nos vies. Le silence est la première nécessité de celui qui veut suivre un tel chemin.

Car le Mystère est là sans arrêt. Il se manifeste par des signes, des images, des sons, des situations, des regards, des sensations… Encore faut-il prendre le temps de l’écoute et de faire silence dans notre vie agitée, dispersée et bruyante à souhait.

Noyau abstrait : l’écoute

L’écoute est fondamentale. C’est parce que nous avons « écouté » au moins une fois que nous avons été capable de répondre à l’appel du Mystère.

L’écoute nous met en contact avec la vérité de ce qui est et cette vérité nous rend libres. L’écoute permet ainsi de quitter le passé, les a priori de la mémoire pour entrer dans la nouveauté.

Dans l’écoute, nous nous connectons pleinement au moment présent et nous pouvons alors faire ce qui est juste à ce moment-là. Dans l’écoute, nous pouvons être créatifs et faire de notre vie un chef d’œuvre.

Noyau abstrait : l’assentiment

Reconnaître ou toucher le Mystère, c’est un moment de grâce. L’essentiel, à ce niveau, c’est de l’accueillir et de lui faire la place.

L’assentiment est de dire oui au Mystère que l’on reconnaît alors, de prendre la main qui est tendue. Ce n’est pas si difficile, c’est même relativement naturel : car le Mystère a un pouvoir de séduction et sait être irrésistible pour nous engager dans ce choix.

C’est une façon de baisser la garde, de lâcher prise : on ne se veut plus propriétaire de sa petite vie et de ses projets.

Ce oui marque la fin d’une recherche. Jusque-là, on cherchait l’eau. Ici, on est arrivé à l’océan. Reste à entrer plus profondément dans le Mystère : alors tout peut changer.

Noyau abstrait : la réponse

Un moment important de notre vie est quand nous commençons à répondre pour la première fois à l’appel du Mystère et, ensuite, à y répondre de plus en plus.

Votre réponse face au Mystère paraît évidente puisque vous avez décidé de suivre ce chemin.

Noyau abstrait : l’engagement

L’engagement est ici central. Il s’agit d’agir avec détermination, il s’agit aussi à la fois d’une disposition du cœur et de la mise en pratique d’un enseignement. La plupart du temps, on se rattache à une communauté de personnes et on décide de structurer sa vie à partir d’éléments qui nous apparaissent fondamentaux.

L’engagement, et ce n’est pas le moindre de ses avantages, permet de tenir lorsque les temps sont difficiles et que l’ombre a recouvert la lumière. Noyau abstrait : la détermination

Notre intention fondamentale doit être de s’engager sur le chemin pointé par les noyaux abstraits et de vouloir ne pas dévier. Nous devons avoir cette intention à chaque moment de notre vie et surtout quand celle-ci devient plus difficile.

C’est ici qu’il faut faire preuve de détermination, de décider de vivre la vraie vie quoi qu’il en coûte, d’arriver au but qui est de connaître le Mystère. Dans ce cheminement, on n’est pas seul mais accompagné par le Mystère lui-même.

Noyau abstrait : le combat

Si vous êtes entré sur le chemin décrit par les noyaux abstraits, vous pouvez remarquer, entre autres choses, un thème qui aura une grande importance dans votre développement futur : le thème du combat.

Celui qui a choisi de s’engager dans cette voie rencontre en effet, très vite, le combat. Contre qui combat-il ? Contre le Mal. Dans quel but ? Pour acquérir la Vertu qu’il possédera peu à peu à travers les différentes vertus, devenant ainsi plus fort, plus homme.

Saint Ignace de Loyola a très bien compris que ce combat, c’est la lutte entre l’orgueil et l’humilité.

En fait, cela ne dépend pas de nous d’avoir des mauvaises pensées, des tentations, mais ce qui dépend de nous, c’est de les laisser entrer dans notre âme et qu’elles y restent. Cela implique une ascèse où nous devons cultiver la vigilance et le discernement. Mais si nous tombons, nous devons nous relever aussitôt et ne pas nous enfermer dans une grande tristesse (qui ne sert, en réalité, qu’à couvrir notre fierté).

Noyau abstrait : la grâce

Dans notre rencontre du Mystère, nous pourrons expérimenter la grâce qui est un secours, un appui, une guidance qui nous est donnée, dans le moment présent, pour accomplir notre vie.

Dans notre écoute et notre silence intérieurs, nous pouvons profiter pleinement de cette grâce pour réaliser ce pour quoi nous sommes là.

Noyau abstrait : le choix d’une tradition

Le choix d’une tradition (et même la « tradition » de ceux qui sont sans tradition) peut se faire au cours de l’histoire personnelle. C’est un moment important dans la mesure où on peut bénéficier de tout un ensemble de témoignages de personnes qui sont des voyants du Mystère et qui balisent le chemin.

Il serait donc absurde de faire table rase des traditions humaines. Cela permet de ne pas se limiter à sa propre expérience mais de la démultiplier d’autant que l’on a plus tout à réinventer et que la vie humaine est courte.

Noyau abstrait : tradition et Mystère

Le choix d’une tradition est important, car j’y reconnais le Mystère qui s’y dévoile. Normalement, c’est dans ma propre tradition que le Mystère se dévoile avec le plus de vérité (autrement, j’en changerais). Cela influence évidemment ma prise de conscience et toute ma relation au réel.

Alors, ainsi établi dans une tradition (et même la « tradition » de ceux qui sont sans tradition), il est possible de se laisser interpeller par d’autres traditions et d’enrichir ainsi sa compréhension de sa propre tradition.

C’est ici qu’il est toujours intéressant de « critiquer » sa propre tradition et de voir le rapport de cette tradition au Mystère qui s’y dévoile. C’est une marche en tension qui doit être rapportée à sa propre expérience.

Noyau abstrait : la confiance en la tradition

Le rattachement à une tradition est essentiellement un acte de confiance, je fais confiance au Mystère qui se dévoile dans cette tradition. Je fais donc confiance (avec ma raison) à d’autres hommes à l’origine de cette tradition quant à ce qui m’importe le plus dans ma vie, le Mystère que j’ai découvert ou qui s’est révélé à moi. Cet acte de confiance n’est pas anodin, car il doit engager toute ma vie.

Faire confiance me décentre de moi-même, je reçois d’autres ce qui est au cœur de ma vie. Ce décentrement est fondamental dans la vie humaine, car il est important de soumettre sa propre vie à d’autres pour éviter de s’y enfermer.

Noyau abstrait : la tradition comme grille de lecture de l’expérience

Pour progresser sur le chemin, les éléments précédents sont essentiels, mais ils ne suffisent pas.

En effet, le but du chemin spirituel, c’est de donner sens à sa propre vie et au réel. En ce sens la compréhension de ce qui se passe dans notre vie est fondamental. La tradition choisie est ainsi ce moule où va s’interpréter l’expérience vécue.

La tradition choisie devient alors une grille de lecture et de saisie du réel qui va donner sa forme à la recherche elle-même dans la mesure où celle-ci s’accompagne d’une réflexion pour discerner le sens et donner sens.

La tradition choisie est ainsi un prisme avec lequel on décode le réel et où l’on prend position. Elle colore l’expérience vécue elle-même et influe sur sa formulation. En ce sens la tradition permet d’avancer à pas de géant. Un des dangers, c’est de l’aborder de façon figée : elle devient alors un handicap.

Noyau abstrait : le moment présent

Le moment présent, c’est le lieu d’une vie qui peut être pleinement vécue. Ce qui compte dans le présent, c’est qu’il est le moment privilégié du vécu du Mystère. Le Mystère se rencontre au présent et s’expérimente au présent : là est le secret de la vraie vie.

Le passé est fumée, l’avenir est fumée : ce qui compte, c’est le présent où la vie peut être vécue avec densité, intensité, fraîcheur et nouveauté : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Il est ainsi possible de vivre dégagé du poids du passé et des incertitudes de l’avenir. Car souvent le présent n’est pas vécu pleinement soit que l’on ressasse le passé soit que l’on s’interroge sur l’avenir.

Dans le présent, on pose un regard direct sur les êtres et les choses. Ceci permet de contempler la « Vérité » de ce qui est et de voir couler la beauté par tous les pores du réel. C’est ce qui caractérise l’état d’ « éveillé », d’ « illuminé », d’ « être réalisé ».

Noyau abstrait : la Présence du Mystère

Le Mystère est constamment là. Pour en prendre conscience, il suffit de ralentir le tumulte de sa vie. Installée dans le moment présent, l’intériorité calmée laisse émerger la conscience « pure » et permet de prendre conscience que le Mystère est à la fois présent à l’intérieur et à l’extérieur de nous-mêmes.

La Présence est continuellement là : il suffit de se rendre présent à la Présence qui imbibe tout comme une douce lumière.

Noyau abstrait : l’acceptation du réel

Dans le moment présent, le Mystère fuse partout dans le réel. Il est ainsi possible d’avancer en toute confiance et de dire oui à la vie qui se déroule. Ainsi le fondement du réel, c’est la Bonté.

Accepter le réel, c’est laisser ce qui est se déployer : c’est ne plus vouloir tout contrôler. C’est accueillir humblement ce qui est et ce qui vient, même si l’on envisage de le canaliser et de l’orienter dans l’avenir.

L’acceptation du réel, c’est aussi s’accepter là où on en est du fait de son histoire personnelle : nous accepter dans le présent tels que nous sommes ce qui nous permet de nous accepter ici et maintenant.

Souvent la souffrance est de notre fait, car nous résistons au réel, nous n’acceptons pas le réel tel qu’il est. Certes, parfois, nous sommes frappés injustement par le mal : mais c’est encore une occasion de grandir, car au cœur de cette épreuve, nous avons la confiance qu’il y a toujours une porte de sortie.

Noyau abstrait : effacer son histoire personnelle

Effacer son histoire personnelle, c’est se désencombrer du passé, purifier sa mémoire pour vivre pleinement la rencontre avec le Mystère. Ce qui reste alors, ce sont les moments marquants de l’aventure au sein du Mystère qui fondent et refondent l’engagement envers Lui.

Noyau abstrait : le non-attachement

Etre non attaché, c’est être disponible à la nouveauté de ce qui vient. Cela permet d’être libre.

Il faut en effet ne pas se raidir ou se crisper sur ce que l’on possède : ses biens, sa vision du monde, ses expériences fortes, ses idées, ses points forts… Il est important de laisser venir et de voir les choses telles qu’elles sont, d’être ouvert à l’inconnu. Cela est difficile si l’on sait déjà (ou si l’on croit déjà savoir) ou si l’on veut contrôler le déroulement da sa vie.

Être non attaché permet d’avoir un regard désencombré et de plonger au cœur du réel.

Noyau abstrait : le non-jugement

Le jugement est la constante évaluation de ce qui se passe en choses justes ou fausses, bonnes ou mauvaises. Lorsqu’on est perpétuellement occupé à évaluer, classer, étiqueter ou analyser, on crée un grand nombre de turbulences dans son dialogue intérieur.

Le non-jugement crée le silence dans l’esprit. Cette ouverture donne accès à l’état de pure attention, de silence du mental et de calme intérieur. Elle rend disponible à ce qui arrive et ouvre à l’écoute pour pouvoir éventuellement prendre une décision.

Commencer sa journée dans cette intention est donc une bonne idée. Dès qu’on se surprend à juger, souvenons-nous de cet engagement. S’il paraît trop difficile d’observer cette règle toute la journée, on peut simplement se dire « Pendant les deux prochaines heures, je cesserai de juger » ou «  Pendant une heure, je ferai l’expérience du non-jugement ». Ensuite on peut allonger graduellement la durée de cet exercice.

Noyau abstrait : la patience

Nous voudrions souvent être arrivés au bout de notre cheminement. Mais nous ne devons pas oublier que notre transformation s’inscrit dans la durée.

C’est là que la patience est essentielle : elle permet de continuer à cheminer dans l’inaccompli et l’imparfait. Nous ne nous étonnons pas alors de nos manquements.

La patience permet aussi d’accueillir une situation de vie qui nous apparaît difficile ou de « faire le gros dos ». La patience est ainsi le moteur de l’Espérance et de l’humilité.

Prenons donc en compte, si nous sommes sensibles au Mystère, la totalité du grand tableau cosmique.

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