Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)

Synthèse

lundi 14 mai 2012, par cmchr

Après avoir parcouru les grandes phases de l’oraison et de la contemplation, avec leurs alternatives d’épreuves douloureuses et de joies enivrantes, se trouve confirmée la prise de possession progressive de l’âme par Dieu avec le libre consentement de celle-ci :

1) Dieu s’empare progressivement de l’âme contemplative tout entière : d’abord de la volonté, dans la quiétude ; puis de toutes les puissances intérieures dans l’union pleine ; des facultés intérieures et des sens extérieurs dans l’extase ; et enfin de l’âme tout entière, d’une façon non plus transitoire, mais permanente, dans le mariage spirituel. Or, si Dieu s’empare de l’âme, c’est pour l’inonder de lumière et d’amour, c’est pour la faire communier à ses perfections ;

a) cette lumière est d’abord faible, et douloureuse tant que l’âme n’est pas suffisamment purifiée ; mais elle devient plus forte, plus consolante, bien que toujours mélangée d’obscurité, à cause de la faiblesse de notre esprit. Elle produit une vive impression parce qu’elle vient de Dieu, et qu’elle donne à l’âme une connaissance expérimentale de l’infinie grandeur, bonté et beauté de Dieu, de la petitesse, du néant et des misères de la créature ;

b) l’amour, qui est donné à l’âme contemplative, est ardent, généreux, avide de sacrifices : on s’oublie soi-même, et on veut s’immoler pour Celui qu’on aime ;

2) L’âme consent librement à cette possession divine, et se donne librement, joyeusement à Dieu dans l’humilité la plus profonde, l’amour de la croix pour Dieu et pour Jésus, le saint abandon. Par là elle se purifie de plus en plus de ses imperfections, s’unit à Dieu et se transforme en lui, si bien que se réalise aussi pleinement que possible le désir ardent de Notre Seigneur : « qu’ils soient uns en nous eux aussi » (Jean, 17, 21).

Telle est la vraie mystique : il importe de la distinguer des tendances du « quiétisme ».

Le « quiétisme »

On trouve parfois, dans certains ouvrages de piété, d’ailleurs excellents, des tendances plus ou moins quiétistes, qui, si elles servaient de règles de direction pour les âmes ordinaires, conduiraient à des abus.

L’erreur principale, qui se glisse dans ces livres, c’est qu’on semble inculquer à toutes les âmes, même à celles qui sont peu avancées, des dispositions de passivité qui ne conviennent en réalité qu’à la voie unitive (oraison de recueillement et oraisons surnaturelles). On veut arriver trop tôt à simplifier la vie spirituelle, oubliant que, pour la plupart des âmes, cette simplification ne peut se faire utilement qu’après avoir passé par la méditation discursive, les examens de conscience détaillés et la pratique des vertus morales.

C’est l’excès d’une bonne qualité ; on veut rendre les âmes parfaites le plus rapidement possible, en supprimant les étapes intermédiaires, et en suggérant dès le début les moyens qui réussissent aux âmes plus avancées.

a) on insiste alors trop sur le côté passif de la piété : laisser Dieu agir en nous, nous porter entre ses bras, sans ajouter que Dieu ne le fait généralement que lorsque, pendant longtemps, nous nous sommes exercés à la piété active ;

b) quand on en vient aux moyens de sanctification, on propose presque exclusivement ceux qui conviennent à la voie unitive et on oublie que les commençants n’arrivent généralement à l’oraison de simplicité que par l’oraison méthodique, que, pour eux, les résolutions générales d’aimer Dieu de tout son cœur ont besoin d’être précisées, et que, pour connaître leurs défauts, et les réformer, il faut entrer dans le détail : ils ne sont que trop exposés à se contenter d’un regard superficiel sur eux-mêmes qui laissera subsister leurs passions et leurs défaillances.

En un mot on oublie trop qu’il y a plusieurs étapes à parcourir avant d’arriver à l’union à Dieu et à l’état passif.

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