Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)

Titre et prologue

vendredi 13 février 2009, par cmchr

Alliances

Ct 1, 1 : Le Cantique des cantiques, lequel est de Salomon.

Cantique des Cantiques est un superlatif pour Chant des Chants ou Poème des Poèmes.

N’est-ce pas le Chant le plus beau que celui qui chante l’aspect suprême de l’amour, l’amour par excellence ! A l’image de Salomon, ce Chant est plein de Sagesse même s’il chante un amour fou.

L’âme dit que ce Cantique est attribué à Salomon, roi d’Israël. Elle y voit une figure de la royauté de son Dieu. Comme les psaumes, ce chant lui a été donné par son Dieu : c’est son chant à elle, le chant de son amour, le chant nouveau dont parle l’Apocalypse. Ici, la folie de l’amour s’exprime dans la Sagesse du dit.

Ct 1, 2a : Qu’il me baise des baisers de sa bouche.

Elle Le connaît déjà : c’est ce qui surgit dès le début du Poème.

Nous avons ici une indication : pour tirer un meilleur profit de la lecture du Cantiques des Cantiques, il faut avoir déjà une certaine connaissance de Dieu et de Sa Parole. Sinon on risque de passer à côté ou à tout le moins de ne pas en goûter véritablement le suc.

Ainsi donc, elle ne prend même pas la peine de Le présenter. Mais, ici, le contexte apparaît immédiatement : elle et Lui, la Bien-Aimée et le Bien-Aimé.

Le baiser est un moment d’intimité. Mais, la Bien-Aimée proclame sa requête et son désir : elle montre ainsi à tous qu’elle a été choisie, qu’elle a été élue par le Bien-Aimé. Le baiser est une façon de sceller l’amour et la Bien-Aimée le sait. Elle demande la proximité physique du Bien-Aimé et le contact des corps.

Cette demande de scellement de l’amour qui inaugure le Cantique des Cantiques est aussi celle de l’âme : se savoir élue par le Bien-Aimé et être digne de ses baisers.

Oui, l’âme qui cherche Dieu est toute énamourée. Elle est hors d’elle-même et cherche un moyen d’apaiser son désir : les baisers de son Bien-Aimé que sont ses touches et ses venues dans l’âme. Elle lui demande donc de venir en elle en un contact substantiel. Elle célèbre aussi le moment éternel de l’amour trinitaire qu’est le baiser du Père et du Fils dans l’Esprit et auquel elle pourra participer en tant que fils dans le Fils.

Ct 1, 2b : Tes amours sont plus délicieuses que le vin.

La Bien-Aimée a pu connaître la joie, la réjouissance que donne le vin et peut-être même une légère ivresse qui l’a transportée. Mais cela n’est rien à côté de l’amour que lui procure le Bien-Aimé. De tout ce qu’elle a pu connaître, la Bien-Aimée reconnaît que cela est surpassé par cet amour.

Pour l’âme, certes, il y a eu la Rédemption avec le sang versé qui est une oeuvre admirable. Mais la divinisation qui en est le fruit a encore un goût meilleur pour l’âme : tes amours sont la donation des donations que Tu as scellée par ton sang. L’âme dit encore que le créé (et même le vin des faveurs spirituelles) n’est rien à côté de l’amour de son Dieu.

Ct 1, 3 : L’arôme de tes parfums est exquis ; ton nom est une huile qui s’épanche, c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.

La Bien-Aimée a parlé du vin surpassé par l’amour. Mais elle indique ici que l’huile parfumée est comparable à cet amour. Pourquoi ? Parce que le nom du Bien-Aimé est semblable à une huile qui est pleine de douceur et d’arôme. Et son parfum se diffuse et il fait la renommée du Bien-Aimé.

Au sens fort, le nom représente la personne elle-même : il n’est pas qu’un son, une dénomination. La Bien-Aimée compare ce nom à une huile parfumée qui jaillit : le Bien-Aimé est comme un huile qui oint, parfume et pénètre la peau de la Bien-Aimée.

Avec un parfum aussi exquis, il n’est pas étonnant dès lors que tous viennent attirés par le parfum du Bien-Aimé.

L’âme voit ici l’action de l’Esprit dans l’huile et Sa présence qui pointe vers le Nom de Dieu. L’Esprit est ainsi une huile qui jaillit de Dieu et qui a une bonne odeur celle de la Sainteté, bonne odeur qui se communique à la Bien-Aimée. Ainsi, dans son amour du Bien-Aimé, la Bien-Aimée rencontre aussi l’Esprit. L’âme dit aussi que le Bien qu’est Dieu se diffuse et s‘épanche et qu’Il se révèle et se fait connaître.

C’est inévitable, les parfums de Dieu attirent l’âme et toutes ses compagnes : Dieu a su se faire irrésistible. La Bien-Aimée est certes choisie, mais elle a une multitude de soeurs : l’amour de Dieu est offert à tous.

Ct 1, 4 : Entraîne-moi sur tes pas, courons ! Le roi m’a introduite en ses appartements ; tu seras notre joie et notre allégresse. Nous célébrerons tes amours plus que le vin ; comme on a raison de t’aimer !

Ce verset comme nous allons le voir résume à lui seul tout le Cantique.

« Entraîne-moi sur tes pas ! » : le désir de la Bien-Aimée est de se mettre en marche vers Le Bien-Aimé. Mais elle ne le peut pas par ses propres forces si elle n’était précédée par le Bien-Aimé, lui-même, qui l’entraîne. Alors la Bien-Aimée va pouvoir mettre ses pas dans les pas du Bien-Aimé qui lui fraye la route.

« Courons ! » : La Bien-Aimée se hâte et déclare son désir de rejoindre le Bien-Aimé, elle interpelle peut-être même ses compagnes. Elle court enfin avec le Bien-Aimé, lui-même, vers le but qu’Il lui propose : le couronnement de son amour. La course, la quête sont commencées et se déploieront dans la suite du Cantique.

« Le roi m’a introduite en ses appartements » : ici, la Bien-Aimée est arrivée au but : elle est introduite dans les appartements du Roi, Il fait accéder à son domaine privé. L’amour de la Bien-Aimée est couronné : elle est arrivée au mariage, elle vit le mariage !

« tu seras notre joie et notre allégresse » : c’est le Bien-Aimé qui parle : Il partage Sa joie avec Ses amis et Ses compagnons, la joie d’avoir maintenant une Épouse qui Le comble et en laquelle Il trouve tous Ses délices.

« Nous célébrerons tes amours plus que le vin ; comme on a raison de t’aimer ! » : ce verset reprend les versets Ct 1,2b et Ct 1,3c. La Bien-Aimée à son tour parle : c’est le temps de la consommation de l’amour, de la célébration de l’amour et du mariage. Ici, tous sont appelés à vivre cet amour.

L’âme sent ses limites pour aller vers l’Infini de l’amour. Elle demande à Dieu de l’introduire dans la passivité afin qu’elle puisse marcher à la suite de Jésus, son Bien-Aimé, et L’atteindre. L’âme est empressée, elle court, elle veut voler vers le Bien-Aimé. Elle sait que ne lui sera pas refusée l’entrée dans le cœur de Dieu. Alors, Dieu l’introduit dans ses appartements.

Comment ne pas penser ici aux Demeures de Thérèse d’Avila où Dieu aide l’âme à progresser dans le Château de l’âme de demeure en demeure jusqu’à la chambre secrète où se réalise l’union par amour. Là, au cœur du Château de l’âme, dans la dernière demeure, l’âme fait la joie et les délices de son Dieu. Et, là, Dieu lui-même, comme le proclame l’âme, fait la joie et les délices de l’âme en toute réciprocité. La joie de l’âme, c’est aussi, comme elle le souligne, qu’elle n’est pas la seule à faire cette expérience de l’amour (il y a d’autres « je » pour un même « Tu divin ») : l’amour est communion, l’âme y participe et tous le peuvent aussi.

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