On a souvent dit que le Saint-Esprit est la "personne oubliée" de la Trinité et certains, malgré l’arrivée du renouveau charismatique, estiment qu’il en est encore ainsi.
Cependant, il suffit de passer en revue les ouvrages théologiques publiés depuis quelques années pour comprendre que même si le Saint-Esprit n’est plus "oublié", il est encore loin de retenir autant l’attention que le Fils ou même le Père.
Laissant de côté les ouvrages qui traitent des dons spirituels, qui s’intéressent plus aux dons eux-mêmes qu’à celui qui les accorde, il n’y a eu qu’une vingtaine d’études théologiques sérieuses sur le Saint-Esprit depuis les années 80 et peu d’entre elles émanent des milieux dits "charismatiques".
Les ouvrages qui traitent du Saint-Esprit se divisent spontanément en deux catégories : ceux qui traitent de sa personne et ceux qui considèrent son oeuvre. Jusqu’à une époque récente, les ouvrages faisant partie de la seconde catégorie ont été bien plus nombreux que ceux de la première.
Dans certaines encyclopédies théologiques, la personne du Saint-Esprit est toujours l’objet d’une présentation superficielle bien qu’il y ait presque autant de problèmes et de difficultés la concernant que le Fils.
Depuis peu, cette situation a quelque peu évolué, et le débat sur la personne du Saint-Esprit commence à occuper une place plus importante dans la pensée théologique. Toutefois, il est rare qu’un ouvrage ait pour thème exclusif la personne du Saint-Esprit.
Les Eglises
Il est à remarquer que les désaccords entre les principales Eglises chrétiennes ont souvent tourné autour des questions de pneumatologie.
L’Eglise d’Occident et l’Eglise d’Orient se sont divisées sur la question du rapport entre le Saint-Esprit et le Fils dans la Trinité alors que protestants et catholiques romains se sont séparés sur un certain nombre de questions liées à l’oeuvre du Saint-Esprit dans l’Eglise et dans le monde.
Il faut donc s’attendre à ce que les recherches dans ce domaine aient une coloration confessionnelle qu’on ne trouve pas au même degré pour la christologie, par exemple.
La pneumatologie des catholiques romains
L’ouvrage le plus complet est une étude parue en 1980-1981, en trois volumes, de Yves Congar, Je crois en l’Esprit saint.
Le premier tome commence par un examen minutieux de ce qui est dit de la personne de l’Esprit dans la Bible, analysant successivement l’Ancien Testament, les évangiles et, enfin, les livres ecclésiaux du Nouveau Testament. L’auteur accepte, en général, les données de la recherche critique en ce qui concerne les dates et les auteurs de livres particuliers, plus pour l’Ancien Testament que pour le Nouveau, mais cela n’affecte pas son propos principal. Il se penche tout particulièrement sur le baptême de Jésus et sur les écrits johanniques, qui ont eu tant d’influence sur les développements théologiques par la suite...
La deuxième partie de ce premier tome passe en revue quelques-uns des principaux personnages de l’histoire de l’Eglise, appartenant à des milieux ecclésiastiques variés : Siméon le nouveau théologien, Joachim de Fiore, Georges Fox...
Le deuxième tome aborde la question du rôle de l’Esprit dans l’Eglise contemporaine. Congar affirme que c’est l’Esprit qui fonde l’Eglise, assure son unité en Christ, garantit sa catholicité et scelle son apostolicité et sa sainteté. Il enchaîne en appliquant tout ceci à l’expérience personnelle du croyant, en s’appuyant sur Romains 8:15 et Galates 4:6. Le passage sur le rôle de l’Esprit dans notre vie de prière, fondé sur une exégèse de Jude 20, est particulièrement réussi.
Le tome traite aussi en profondeur le mouvement charismatique, montrant son lien avec le mouvement pentecôtiste classique, mais sans espérer que ce genre de renouveau puisse un jour favoriser l’unité des chrétiens.
Le troisième tome, le plus long, traite des relations du Saint-Esprit avec les autres personnes au sein de la Trinité et aborde les grandes controverses dont il a toujours fait l’objet. Il rend pleinement compte du débat sur le Filioque en y ajoutant même un résumé des récentes discussions oecuméniques avec les Eglises d’Orient. Ici se révèle l’attirance de Congar pour la tradition orientale qui préfère parler de l’Esprit qui procède du Père au travers du Fils, une formule de compromis qui, à son avis, donne raison aux deux positions traditionnelles, dans l’Eglise, sur la question.
Dans la deuxième partie du livre, il traite du rôle de l’Esprit dans les sacrements, portant son attention sur la confirmation comme "sceau" du baptême et sur l’épiclèse eucharistique qui a suscité tant de résistance en Occident.
Un ouvrage moins ambitieux que celui de Congar, qui vaut pourtant la peine d’être consulté, est le livre de F.-X. Durrwell, L’Esprit saint de Dieu. Dans l’ensemble, il aborde le sujet de manière systématique, utilisant la Bible comme source quasi exclusive des données doctrinales. Il commence par énumérer les attributs de l’Esprit et expose, ensuite, sa relation avec Christ, du point de vue à la fois du ministère terrestre de Jésus, vécu sous l’inspiration de l’Esprit, et du don céleste du Saint-Esprit à l’Eglise.
Les chapitres suivants décrivent le rôle fondateur de l’Esprit dans la formation de l’Eglise, en insistant sur le ministère de la Parole et l’administration des sacrements. Suit une section sur la vie dans l’Esprit, qui traite des principales vertus chrétiennes telles la foi, l’espérance et l’amour. Il évoque aussi la prière, l’expérience de la souffrance et la mort, ainsi que la victoire triomphante du chrétien né de nouveau. Pour finir, il y a une brève section traitant de la relation du Saint-Esprit avec le Père et le Fils.
La pneumatologie protestante
Comme on pouvait s’y attendre, les ouvrages protestants sont beaucoup plus variés que les ouvrages catholiques, même s’ils n’abordent pas nécessairement le sujet plus en profondeur.
Selon la tradition augustinienne, ils voient le Saint-Esprit comme un don ; ils se penchent sur les implications de ceci d’abord dans la vie du Christ révélée à l’Eglise et dans l’Eglise, et ensuite dans la Trinité même.
La pneumatologie orthodoxe
L’Eglise d’Occident n’a pas vraiment compris l’enjeu de la pneumatologie et ne lui a jamais accordé le même degré d’importance que l’Eglise d’Orient.
Cela révèle aussi à quel point la pneumatologie n’est pas jugée importante pour la vie spirituelle du croyant, à la différence de ce qu’estiment les orthodoxes, qui y sont particulièrement sensibles.
Réveil dans l’Eglise
Une autre étude, qui s’intéresse à la piété et présente une position "évangélique", est celle de J. I. Packer, « Marcher avec l’Esprit ». Packer insiste surtout sur la nécessité de redécouvrir le souci de la sainteté, telle qu’elle est enseignée dans l’Ecriture, qu’il estime manquer souvent dans l’intérêt récent pour le Saint-Esprit.
Conclusion
Ce bref survol des ouvrages récents consacrés à la pneumatologie montre que, même s’il y a un grand nombre d’ouvrages sur ce sujet, il reste beaucoup à faire pour amener la doctrine de la personne et de l’oeuvre du Saint-Esprit au premier rang des préoccupations de l’Eglise. En particulier, il faudrait se pencher sur la relation qui existe entre le Saint-Esprit et Jésus-Christ, et déterminer leur place respective dans le cadre plus large de la Trinité.
Loin d’être périphérique pour notre vie de chrétiens, la doctrine du Saint-Esprit est centrale, puisque, en définitive, le Saint-Esprit est la personne qui nous relie à la personne de Dieu, qui nous fait entrer dans la communion de la divinité. Puissions-nous continuer à chercher une plus ample compréhension de son être et de ses voies au fur et à mesure que nous nous efforçons d’utiliser ses dons pour l’édification de l’Eglise.
(d’après Gérald Bray)