Centre de mystique chrétienne, spiritualité chrétienne - Rennes (35)

Une tranche de ma vie (Serge Lanoë)

dimanche 1er novembre 2009, par cmchr

AUTOUR DE MON ANNEE SABBATIQUE DE 1990

Avant-propos

Ce texte traite de l’année sabbatique que j’ai prise en 1990 suite à un événement-clef de ma vie : la rencontre avec Dieu, fin 1988.

 AVANT MON ANNEE SABBATIQUE

Breton, je suis arrivé à Paris fin 1975 pour suivre des études d’ingénieur. Mes collègues et moi, nous discutions à l’époque de nos choix d’orientations et de notre avenir. C’est ainsi qu’a surgi, au hasard de nos conversations, la possibilité de prendre une année sabbatique. Cela m’a paru très intéressant et je me suis dit que si, plus tard, les circonstances le permettaient, je m’engagerais dans cette voie insolite.

Mon premier travail

Après un doctorat et le service national, je commençai à travailler à Paris en 1983 dans une société de services et de conseil en informatique. Les premières années furent pour moi captivantes, car j’étais passionné par l’Enseignement Assisté par Ordinateur sur des écrans graphiques couleur. Outre la réalisation des cours proprement dits, l’équipe informatique discutait avec les pédagogues et les élèves ce qui évitait de donner à l’informatisation des cours un caractère aride et desséchant.

Cependant, début 1988, les choses commencèrent à changer pour moi. Je m’aperçus que je travaillais dix heures par jour depuis de nombreuses années : de ce fait je n’avais pas de vie personnelle et je manquais d’un retour sur moi. En même temps, je mis un terme à une liaison qui durait depuis deux ans et qui ne me satisfaisait plus.

Petit à petit, je prenais conscience du vide de ma vie : je me trouvais seul face à moi-même. Ma vie perdait tout son sel et je trébuchais sur le problème du sens. Je décidai alors de prendre un peu de recul et je partis en vacances pour un mois en Islande, le pays des sagas. L’Islande au mois d’août est un pays magnifique avec ses glaces et ses volcans, ses vastes étendues dénudées sous une lumière argentée, ses sources thermales dans lesquelles on peut se baigner. J’y effectuai aussi un retour vers l’adolescence avec l’ascension du Snaeffelness, le volcan d’où part l’expédition du "Voyage au centre de la Terre" de Jules Verne.

Le voyage avait été agréable, mais à mon retour en France, je vis rapidement que rien n’avait fondamentalement changé pour moi. Je songeai à prendre le parti d’une vie vide de sens et sans amour. Honnêtement, je ne voyais rien à quoi me raccrocher : la vie se déroulait... grise.

Le choc

Pourquoi ma vie a-t-elle basculé le 15 octobre 1988 dans la soirée alors que j’étais seul chez moi ? Il m’est difficile d’expliquer le pourquoi de cette rencontre de Dieu. Oh, certes j’étais "né" catholique, j’avais pratiqué jusqu’à l’âge de vingt-deux ans, mais jamais Dieu ne m’avais concerné personnellement.

Je ne m’attarderai pas ici à décrire l’irruption soudaine de Dieu dans ma vie et le week-end mouvementé qui a suivi : ce n’est pas l’objet de ce texte. Qu’il suffise de dire que brusquement j’étais en face de l’Absolu et de la Vérité, qu’ils étaient Quelqu’un qui rentrait personnellement dans ma vie et que j’étais aimé au-delà de ce que je pouvais avoir imaginé. Je ne pouvais que dire oui à ce surgissement et être heureux d’accepter ma faiblesse : j’étais "surcomblé".

Les suites

De cette soirée, j’allais mettre deux ans à m’en remettre. Cette irruption avait été trop forte pour moi. Ma structure psychologique bâtie durant trente-trois ans s’effondrait. Je perdais tous mes anciens repères. C’est ainsi que je me retrouvais désorienté…

Mais pour moi, la réalité avait changé : je savais maintenant que Dieu existait et qu’il m’aimait personnellement.

Retour à mon travail

Je recommençai à travailler, courant décembre 1988. Mais l’image que je donnais dans mon entourage en avait pris un coup. Pourtant je n’y attachai aucune importance. Je m’ennuyais, je voyais mon être se lézarder comme une digue soumise à des flots impétueux avant qu’ils n’emportent tout.

J’étais un spectateur impuissant.

Et ce qui devait arriver, arriva. La digue se rompt et je tombe malade, courant juillet, d’une sérieuse fièvre typhoïde. Je remonte à Paris pour retravailler début septembre.

La décision

C’est alors que germe dans mon esprit l’idée d’une année sabbatique car je suis épuisé physiquement et moralement. Elle débute le 26 décembre 1989.

 MON ANNEE SABBATIQUE

Les débuts

Je décide de quitter Paris et de rejoindre ma mère en Bretagne pour être au calme et profiter de week-ends à la campagne.

Les trois premiers mois, je m’éveillais. Jusque là mon esprit était ouateux et j’avais du mal à me concentrer. Toutefois, j’avais laissé tomber totalement mon suivi psychologique. Comme j’étais totalement transparent pour Dieu et qu’il me connaissait dans les moindres détails, une psychothérapie ne m’aurait rien apporté : je préférais me mettre sous le regard de Dieu qui, me semblait-il, guérissait.

Je me décidais à lire l’Ancien Testament. Peu après cette lecture, un de mes cousins m’invita à l’accompagner pour quelques jours à l’abbaye de Citeaux, ce que je fis avec joie.

L’abbaye de Citeaux

Ce fut tout d’abord un lieu de silence entrecoupé par des promenades et les offices. Je redécouvrais les psaumes et c’était un grand moment d’émotion. L’abbaye disposait d’une bibliothèque pour les visiteurs à laquelle j’empruntais de nombreux livres sur des sujets nouveaux pour moi.

Et puis, je ne sais trop comment, peut-être suite à une discussion avec un moine ou une lecture d’Elisabeth de la Trinité, je remarquai un changement dans l’appréhension que j’avais de l’Amour. Obscurément, mais sans faille, il me semblait percevoir quelque chose du mystère de l’Incarnation : Dieu était Amour et Il me "prouvait" la profondeur de cet Amour en allant jusqu’à assumer la nature humaine. La figure du Christ complétait ainsi, un an après, la révélation du Dieu Amour.

A partir de là, mes lectures firent tomber mes derniers doutes. Je pouvais rejoindre la foi de mon enfance par un choix qui engageait tout mon être. Pour moi, la foi catholique devenait le lieu de la Vérité, du Dieu Trinitaire et l’Eucharistie un don absolu.

La vie continue...

Six mois s’étaient déjà écoulés depuis le début de mon année sabbatique. J’allais mieux psychologiquement, surtout après Citeaux. Il me sembla important d’ouvrir mon cercle de relations qui s’était réduit depuis plusieurs années. Je revis des personnes de ma famille ainsi que d’anciens amis.

De retour sur Paris, je rentrai en contact avec des associations chrétiennes. Je me rendis dans ma paroisse où je me confessai, début octobre, avant de recevoir l’Eucharistie. A la même époque, je rencontrai Marc Vaiter. Mon année sabbatique se terminait enfin par la recherche d’un nouveau travail.

 UN REGARD SUR CETTE ANNEE SABBATIQUE

Ma rencontre avec Dieu, fin 1988, est un pur cadeau de sa part. Elle combla le désir vers la Vérité et vers l’Absolu que j’avais toujours eu. J’étais marqué par ma culture scientifique et mes efforts intellectuels dans cette voie n’étaient pas couronnés de succès : je ne voyais pas encore d’issue même dans les mathématiques où j’étais fasciné par l’infini. Mais c’est une chose que de vouloir atteindre l’Absolu et la Vérité et autre chose que de les accepter quand ils viennent vers soi simplement sans effort de sa part et qu’ils se révèlent comme Personne et comme Amour ce que je n’aurait jamais pu imaginer. En quelque sorte, j’étais comme Thomas : pour adhérer à Dieu, il avait fallu une touche qui débloquât tout mon être.

L’ébranlement qui a suivi n’a concerné, avec le recul, que les couches superficielles et moyennes de mon être. La partie plus profonde n’a pas été touchée : elle s’est simplement trouvée désenfouie. Cette année sabbatique m’a permis entre autres choses de déblayer les décombres d’une personnalité écroulée.

Liberté et disponibilité

A l’orée de cette année sabbatique, je n’avais pas de projet précis : je m’accordais simplement un arrêt d’un an. Depuis longtemps, je ne m’étais senti aussi libre et disponible. Libre de vivre dans le calme et dans le silence, disponible au moment présent et aux évènements qui pouvaient se présenter. Durant ma dépression de 1989, j’avais aussi accepté les choses telles qu’elles se présentaient, mais mon état d’esprit était différent.

Le début d’une quête

Trois mois après le début de cette année sabbatique, j’allais mieux : je pouvais en particulier recommencer à lire. C’est alors que je décidai de me consacrer à des ouvrages sur Dieu.

Ma culture religieuse, à l’inverse de ma culture scientifique, était en effet très réduite. Je devais donc me mettre "à niveau" en ce domaine. La lecture de l’Ancien Testament et d’une histoire des religions me semblait un bon commencement. J’allais ainsi à la recherche de Dieu dans l’histoire des hommes pour savoir si et comment il s’était manifesté et tenter de faire un lien avec ma propre expérience.

Une quête était commencée...

La fin d’une quête

A l’abbaye de Citeaux, je redécouvre le Dieu Trinitaire. Là-bas je comprends que le Dieu Amour ne pouvait être que celui-ci et l’Incarnation me dévoilait la réalité de la profondeur de cet Amour.

La révélation de la Sainte Trinité a été déterminante pour mon adhésion à la foi chrétienne.

J’ai opté pour la foi catholique, car les dogmes, la Présence Réelle, la dévotion à la Vierge Marie donnait à ma foi la plénitude que je cherchais. Pour moi, passionné de mathématiques, les dogmes sont centraux. En effet, en mathématiques, on construit des théories à partir d’axiomes dont on convient qu’ils sont vrais. En revanche, le dogme m’apparaît vrai par nature et non par convention. Il permet alors de bâtir une foi intrinsèquement vraie.

Ma quête religieuse était terminée. Mon plongeon vers la Vérité et vers l’Amour ne faisait que continuer.

Un retour en arrière

Revenons un peu en arrière, pour apercevoir quelques jalons dans mon cheminement vers le Seigneur.

De la foi de mon enfance, j’avais toujours conservé un respect pour la Présence Réelle et la Vierge Marie.

Depuis 1985, je m’intéressais à la physique fondamentale ainsi qu’à l’astrophysique pour tenter de mieux pénétrer la nature du monde. La réalité d’un Dieu Créateur mais "froid" que je n’avais jamais mise en doute ne m’en apparaissait que plus éclatante.

Parallèlement, mes réflexions sur les fondements des mathématiques me laissèrent entrevoir que si l’on décide de poser un acte de fondement fécond, donc créateur, celui qui décide de poser cet acte doit d’une certaine façon (pour être conforme à la vérité) se répliquer dans les conséquences de cet acte même. Je me rappelle, c’était en 1986, avoir beaucoup pleuré lorsque j’ai fait une liaison entre ce qui m’apparaissait alors et Dieu et le Verbe incarné.

D’autre part, le 13 octobre 1988, les conclusions de la datation au carbone 14 du linceul de Turin m’ont, en tant que scientifique révolté. Dois-je faire un lien avec ma conversion du 15 ? Je le fais. Mais, comment, pourquoi cela a-t-il été le déclencheur de la rencontre ?

Le retour à l’Eglise

La redécouverte de la foi catholique ne pouvait que m’inciter à aller vers mes frères et plus particulièrement les chrétiens. Je me tournais donc vers des associations chrétiennes et l’Eglise : la communion fraternelle me paraissait aller de soi pour progresser dans une vie de foi.

 LA SITUATION ACTUELLE

Je travaille à nouveau depuis le début de l’année 1991 ce qui m’a assuré des revenus plus confortables. J’ai ainsi pu acquérir de nombreux livres de théologie et de spiritualité qui me permettent de profiter de l’expérience des autres et d’appréhender des aspects de la foi qui m’étaient presque inconnus comme la grâce ou l’Esprit Saint.

Les grandes figures du Carmel m’aident grandement dans mon cheminement : j’ai avec eux découvert l’importance de l’oraison et de la présence à Dieu dans la vie d’intimité avec Lui. Un prêtre a bien voulu devenir mon directeur spirituel et m’aide à avancer dans la vie.

Des retraites, des contacts m’enrichissent également. J’essaie aussi de m’ouvrir à d’autres religions et à d’autres spiritualités car j’ai été amené à côtoyer des personnes qui en vivent : une meilleure connaissance mutuelle permet d’amorcer un dialogue fructueux.

Serge Lanoë

juillet 1991

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